- Dis Rachel, raconte nous une histoire de girafes !
- Ah non, les enfants, je vous en ai déjà raconté une il y a quelques jours … vous ne voulez pas l’histoire du crocodile qui veut aller dans l’espace pour asticoter un astronaute ?
- Ah non, elle est pas drôle cette histoire là et pis le crocrodile y fait trop peur. Nous on préfère les gentilles girafes, elles sont trop rigolotes !
- Bon d’accord, mais après hop dodo, d’accord ?
- Oui Oui !!!
- Alors voilà, ça se passe sur Terre il y a très très longtemps, c’était les années 2010 sur le calendrier des Terriens. J’étais allée sur Terre, missionnée par l’OGU, pour étudier l’étrange comportement des universi … enfin bon peu importe. Sur Terre il y avait des girafes, des grandes et des petites. Heureusement, sur Terre il y avait aussi des arbres, des grands et des petits. Les terriens, ils ont décidé de construire des enclos pour mettre les girafes dedans
- Ah moi je préfère les girafes en liberté ! elles pouvaient pas se sauver les girafes ?
- Ben non, elles ne pouvaient pas, les Terriens avaient mis des gros fils de fer barbelés pour délimiter les enclos
- Aie ça pique le fer babelé !
- Dans le premier enclos, il y avait des petits arbres mais les Terriens ont mis des grandes girafes (voir figure 1). Sur l’enclos ils ont mis une pancarte « IUT/BTS ».

- Ben pourquoi ? elles vont faire comment les grandes girafes pour manger les feuilles ?
- Elles y arrivent quand même, il suffit qu’elles baissent la tête …
- Mais elles vont avoir un torticolis ! hihihi elles vont avoir le cou tout tordu !
- Oui, j’avoue que ce n’est pas l’idéal pour les grandes girafes, mais bon, elles s’en sortent quand même. Le deuxième enclos contenait des grands arbres. Les Terriens l’ont appelé « université ». Ensuite ils ont mis dedans des petites girafes …
- Mais comment elles font pour manger les girafes, elles vont mourir de faim !
- Oui, là c’est vraiment pas facile pour elles. Parfois elles font la courte échelle et réussissent à attraper une feuille, mais la première année, 50 % d’entre elles meurent ou bien doivent aller chercher le véto …
- Ah les pauvres petites girafes, elles font pitié !
- Oui, un peu. Personne ne se soucie vraiment des petites girafes. Enfin, dans le dernier enclos, les Terriens ont mis des grands arbres et des grandes girafes. Sur l’enclos ils ont mis une pancarte « prépas et grandes écoles ».
- Trop cool, elles doivent être bien les grandes girafes !
- Oui, elles sont bien effectivement, si les Terriens se contrefichent des petites girafes, les grandes sont bien soignées …
- Et alors Rachel, c’est fini ton histoire ?
- Non, pas tout à fait … un jour une extraterrestre est arrivée, elle s’appelait Gaïa. Alors Gaïa a regardé tous ces enclos et elle a dit « mais c’est quoi tout ce b … ?!? ». Elle a pris sa cisaille neutronique à percussion et elle a coupé tous les fils barbelés des enclos. Toutes les girafes, petites et grandes, pouvaient alors vaquer à loisir et se nourrir de feuilles d’arbres adaptées. A l’entrée de ce grand parc, elle mis un panneau « Gaïa Universitas » (voir figure 2).

- Bon, allez les enfants, au dodo maintenant. Demain sera un autre jour …


23 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
30 octobre 2010 à 10:05
kyste
Très mignon l’histoire de la girafe. Un bonne explication pour rendre accessible au plus grand nombre la problématique de l’enseignement supérieur en France.
Si vous aimez les girafes et comprendre d’où vient notre tendance à aimer ces animaux je vous conseille l’histoire de Zarafa. Il y a un blog qui lui est entièrement dédié: http://www.les-amis-de-zarafa.com/fr/
Et une très bonne émission de la fabrique de l’histoire: http://kystes.blog.lemonde.fr/2010/03/08/zarafa-la-girafe/
30 octobre 2010 à 10:49
Rachel
L’astronaute avait déjà fait un petit résumé de l’histoire de Zafara la girafe: http://rachelgliese.wordpress.com/2010/10/16/non-a-la-selection-a-l%e2%80%99universite/#comment-2223
30 octobre 2010 à 11:28
Astronaute en transit
C’est vous qui dessinez les girafes Rachel?
30 octobre 2010 à 11:42
Rachel
Oh non astronaute, je suis bien trop nulle en dessin. Il s’agit d’illustrations volées sur la toile. Moi j’ai fait l’assemblage (girafes + arbres + fils barbelés).
30 octobre 2010 à 11:46
étudiant frustré
Rachel, il n’y a pas de barbelés autour de la fac.
Le problème est que, pour les girafes, les feuilles des grands arbres sont bien plus nourrissantes que celles des petits. Toutes les girafes vont se précipiter vers les grands arbres s’il n’y a plus de barrières. Les petits arbres seront délaissés, même par les petites girafes.
Les grandes écoles ne pourront jamais supporter cet afflux et seront obligées de mettre en place une sélection par l’échec comme jamais. Le système de l’Université, mais à l’échelle de toute la France.
Le monde de la Gaïa Universitas serait possible si nos petites girafes n’étaient pas des écervelées qui croient pouvoir réussir partout à la sortie du Lycée. Il vaut mieux mettre des barrières en s’assurant à chaque fois que la girafe est adaptée à l’arbre, sans en mépriser aucune et en les aidant toutes à affronter la jungle, quelque soit leur taille.
30 octobre 2010 à 11:59
Jojo
Sur les petites girafes, lu récemment dans le Monde dans un article intitulé “L’inspection générale juge sévèrement le plan de réussite en licence” : “les cours de soutien sont largement boudés, car ils ne rapportent pas de crédits pour l’obtention de leur diplôme”.
Les petites girafes sont petites, c’est vrai, mais pas seulement par la taille ou les aptitudes. Pour réussir, il faut s’en donner les moyens.
30 octobre 2010 à 12:18
Rachel
Etudiant frustré, pour une fois je suis un peu en désaccord avec vous. D’abord vous avez remarqué que Gaïa a enlevé tous les fils barbelés, je pense que ça signifie que dans son modèle elle pense à un enseignement supérieur ouvert sur le monde. Ensuite vous dites que les feuilles des grands arbres sont bien plus nourrissantes que celles des petits, et là je ne comprends pas bien pourquoi vous dites cela. Les feuilles de petits arbres peuvent être tout aussi nourrissantes que celles des grands arbres (n’oublions pas que l’estomac des girafes est certainement proportionné à leur taille). Il suffit pour cela de bien sélectionner les petits arbres afin qu’ils aient des vertus nutritives adaptées aux petites girafes. Enfin je ne vois pas le problème pour les grandes écoles car leurs arbres sont grands et je vois mal les petites girafes aller manger aux grands arbres, d’autant plus qu’elles auraient, dans ce parc Gaïa, des petits arbres qui leur seraient mieux adaptés. Si vous voulez, on peut faire des zones dans le grand parc, mais quant à remettre les fils barbelés, je crains que Gaïa ne soit pas d’accord.
30 octobre 2010 à 12:19
Rachel
Jojo, vous avez raison, si les petites girafes refusent de manger quelques compléments alimentaires, il ne faut pas s’étonner qu’elles meurent de faim …
30 octobre 2010 à 12:31
kyste
Pour comprendre le fil barbelé et sa symbolique: “Histoire politique du barbelé” de olivier Razac. un excellent ouvrage pour comprendre le monde actuel à travers un matériau plus technologique qu’il n’y parait. Une approche réjouissante et stimulante de la pensée politique du XXe siècle à mettre entre toutes les mains petites ou grandes.
30 octobre 2010 à 13:34
jako
Rachel, si vous comptez sur des compléments alimentaires pour nourrir des girafes rachitiques élevées avec des feuilles rachitiques, je vous souhaite du courage. D’ailleurs si les petites girafes étaient satisfaites de leur sort, elles ne lorgneraient pas sur les grandes feuilles des grands arbres auxquelles elles ne parviennent pas: comment allez-vous faire pour convaincre les petites girafes de renoncer aux grandes feuilles des grands arbres?
30 octobre 2010 à 14:08
Rachel
Jako, c’est plutôt actuellement qu’elles ont besoin de compléments alimentaires, mais comme nous l’explique Jojo, elles sont un peu rétives à les avaler … Gaïa leur propose justement un parc qui devrait éviter d’en arriver là.
Comment je fais pour convaincre les petites girafes de renoncer aux grandes feuilles des grands arbres? Ben c’est facile, je leur mets des petits arbres bien adaptés à leur taille.
Franchement, mettez-vous dans la peau d’une petite girafe, et supposons qu’on vous donne le choix entre la figure 1 et la figure 2. Quel modèle prendriez-vous ?
30 octobre 2010 à 16:42
étudiant frustré
Rachel, vous regardez ces petites girafes avec vos yeux d’adulte et vous pensez qu’elles vont avoir un comportement rationnel, qu’elles sauront s’orienter toutes seules. Or il n’en est rien, les petites girafes vont se précipiter vers le plus grand de tous les arbres, parce que c’est le plus beau, le plus “réputé”, le plus prestigieux, ses parents ont dit que c’était le “mieux”… alors que le petit arbre qu’on appelle BTS, elles n’en voudront pas, on leur a dit que c’était pour les “petits”, les moins bons. Choisir le petit arbre reviendra presque à une humiliation personnelle.
Voilà pourquoi il faut mettre des enclos partout, parce que même pour manger au petit arbre, il aura fallu que la petite girafe montre ses qualités pour être acceptée, la mettant d’une certaine manière en valeur.
Je suis vraiment opposé à laisser l’enseignement supérieur sans barrière, imaginez les ravages qu’un classement ou un article de presse peut produire : il suffirait d’un rien pour que les effectifs d’un établissement s’effondre ou explose, sans aucune possibilité pour endiguer le mouvement.
Après, il faudra s’assurer que tous les enclos réunis pourront contenir toutes les girafes…
30 octobre 2010 à 16:50
Astronaute en transit
Sur le peu de réussite du plan licence, j’ai lu dans le même article du Monde cité par Jojo que les sommes affectées aux universités dans son cadre ont été utilisées en partie pour d’autres programmes. Le journal relevait malicieusement que c’était là une conséquence de l’autonomie des universités… Cela dit, cet exemple montre aussi que certaines universités devront désormais porter la responsabilité de l’échec de leurs étudiants en licence, et qu’elles ne pourront plus l’imputer à divers boucs émissaires, dont le gouvernement…
30 octobre 2010 à 17:13
Rachel
Etudiant frustré, quand j’utilise mes yeux d’adulte pour observer l’enseignement supérieur français, je suis bien obligée d’être très triste, à l’instar de ces petites girafes qui ont du mal à réussir un parcours dans l’enseignement supérieur (voir figure ci-dessous). Si elles pleurent souvent, c’est peut-être aussi qu’elles se sont piquées sur les fils barbelés ? … Je tiens à signaler que mettre les grandes et les petites girafes ensemble ne signifie pas nullement que toutes auraient le droit de faire n’importe quoi n’importe comment, on pourrait développer le principe de « sélection- orientation ». Mais ça serait aussi un peu comment apprendre le « vivre ensemble », ce n’est pas à négliger.

30 octobre 2010 à 17:20
Rachel
Ca fait assez longtemps que je me dis qu’il me faudrait faire un billet sur l’échec probable du plan licence… en attendant voici les liens vers l’article discuté par Jojo et l’Astronaute:
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/10/28/l-inspection-generale-juge-severement-le-plan-de-reussite-en-licence_1432279_3224.html
30 octobre 2010 à 18:55
Jojo
C’est un peu hypocrite d’abattre les barbelés si c’est pour mettre des agents de sécurité qui contrôlent l’accès aux arbres (la « sélection- orientation »).
Astronaute, dans certaines universités, c’était plan licence ou chauffage l’hiver. Elles ont fait le bon choix.
30 octobre 2010 à 20:26
AubeMort
Cette analogie me paraît discutable: les formations courtes et en particulier les IUT sélectionnent (semble t il assez sévèrement ?) leurs étudiants et on peut se demander si l’étudiant “moyen” (type petite girafe) y réussirait mieux qu’en licence ?
D’autre part dans les nombreux domaines où la concurrence université/autres filières n’existe quasiment pas (psychologie, sociologie, droit…) et où tout le monde a accès au même pré, on n’a pas non plus l’impression que le sort de l’étudiant de L1 soit plus enviable ?
30 octobre 2010 à 21:00
Rachel
Jojo, je ne mets pas des « agents de sécurité », voyons ! il suffit simplement de discuter avec girafes de leurs aspirations et de mettre à leur disposition des formations en fonction, en évaluant également leurs pré requis et potentiels.

30 octobre 2010 à 21:04
Rachel
Pour que chacune puisse aller à son rythme…

30 octobre 2010 à 21:07
Rachel
AubeMort, en physique non plus il n’y a plus vraiment de problème de concurrence, il n’y a plus d’étudiants en 1er cycle universitaire…
31 octobre 2010 à 12:24
Astronaute en transit
Jojo, vous allez ensuite me dire que c’est la faute du gouvernement si dans la première décennie des années 2000, des universités gérées par la puissance publique en étaient encore à ne pas pouvoir régler leur facture de chauffage, et que pour cela il fallait absolument siphonner les fonds attribués au titre du plan licence? Je ne vous guère de preuve plus éclatante de la faillite des responsables locaux.
En fait je ne vois pas comment on pourra créer les parcs pour girafes grandes et petites avec des arbres de toutes les tailles offrant leur variété des feuilles et de fruits si chacun des responsables de parc ne fait pas face à ses responsabilités: la définition du projet, l’utilisation correcte des moyens fournis (ou la recherche de ces moyens si la caisse centrale n’est pas en mesure de fournir plus), et surtout, que les insuffisances et défaillances soient sanctionnées et corrigées.
31 octobre 2010 à 14:11
Rachel
On peut aussi imaginer qu’un grand parc pourra faire une utilisation des moyens plus raisonnée, avec plus d’efficacité que d’entretenir plusieurs petits enclos?
2 novembre 2010 à 11:53
Astronaute en transit
Rachel, un grand parc nécessitera tout de même de bons gardiens. Dans celui du Serengeti par exemple les braconniers ont longtemps sévi, grâce à l’immense espace du parc justement!