Dans mes deux billets précédents (ici et ici), nous avons beaucoup parlé de sélection des étudiants à l’université, avec le projet de Refondation tel que proposé par les Refondateurs. En clair, les Refondateurs ne sont guère favorables à cette sélection, mais ils ne la rejettent pas non plus, comme le prouve l’une des voies possibles de la refondation (voir le dernier billet, ici, solution 3).
Pour Louis Vogel, dans son livre intitulé « l’université : une chance pour la France », il faut abandonner l’idée de sélection à l’université (voir sa proposition 6). Son argument premier est qu’il n’y a pas assez d’étudiants en France, ceci comparé à d’autres pays voisins. Ce manque d’étudiants s’additionne avec un taux d’échec important à l’université, laissant beaucoup de jeunes sur le carreau, sans diplôme. D’après Louis Vogel, « la difficulté ne provient pas du nombre d’étudiants, mais de l’incapacité du système à bien les orienter et à répondre à leurs besoins ».
Son idée est qu’il faut diversifier les parcours au sein de chaque université. En effet, les publics sont devenus aujourd’hui très divers, ce qui n’était pas le cas avant (élite restreinte qui partageait les mêmes codes sociaux et même éducation). L’université doit donc s’adapter à cette diversité en offrant une palette de formations de nature et de niveaux divers. Louis Vogel prend l’exemple de son université (Assas, dont il est le président) dans laquelle ce système existe. « De nos différences, faisons une richesse ! », conclusion de sa proposition n°4. Voir également la solution n°2 des Refondateurs (lire ici).
Je partage cette idée de non sélection à l’université et d’accueil de la diversité, à condition que cette diversité puisse s’épanouir dans le cadre de formations adaptées. Cela ne semble pas être le cas actuellement. Cette option de diversification des parcours demande aussi certainement des moyens importants que toutes les universités ne peuvent pas s’offrir. Mais en examinant bien notre enseignement supérieur, on s’aperçoit que cette diversité des parcours existe (IUT, BTS, prépas, université, écoles intégrées) et que donc les moyens sont déjà en place à une échelle globale, répartis harmonieusement sur tout le territoire. Toutefois, cette apparente diversité ne permet pas de résoudre la crise de notre enseignement supérieur. Je pense que cette crise ne pourra pas être surmontée sans une refonte complète du système. C’est en gros ce que propose Louis Vogel, « l’union entre les grandes écoles et l’université, seul moyen de reconstruire une vraie université, rendra sa force à notre enseignement supérieur ! ».


39 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
16 octobre 2010 à 13:36
Astronaute en transit
D’abord, Rachel, j’aime bien votre dessin de la grande girafe qui peut atteindre les feuilles de la branche, et les pauvres petites me font bien pitié! Dans cette logique on pense plutôt que la nature aurait dû faire pousser un arbre moins haut pour que les petites girafes aient aussi de quoi dîner, et la grande n’aurait qu’à se pencher un peu; elle aura peut-être mal au cou à force! Il faudra alors faire intervenir un kinésithérapeute qui lui fera des massages, en quoi, des arbres qui poussent moins haut, ce sont des girafes bien nourries quelle que soit leurs tailles et en plus cela crée des emplois!
On transpose cela à l’université, le fil devient passionnant (même s’il manque de jolies girafes). Louis Vogel voudrait plus d’étudiants, mais cela rejoint l’interrogation que je viens de partager avec Laurent sur l’autre fil, celui de la parution du livre des Refondateurs. Avoir beaucoup d’étudiants, est-ce une simple préoccupation statistique ou un projet social? Certainement la seconde option, j’imagine, mais les moyens doivent être adaptés à la fin. Une université qui trouve les moyens d’accueillir de plus grands nombres, et des nombres divers, c’est généreux mais cela ne paraît envisageable que dans la mesure où l’université peut, avec ses moyens, accueillir ces diversités de façon profitable. Je ne raisonne pas ici dans le simple sens économique du terme (la seul mention de profit va faire bondir certains, quoique, oui, l’université, déjà pauvre, doit pouvoir financer l’accueil de davantage d’étudiants) mais dans le sens de l’avantage que les études doivent procurer à ces étudiants divers. En somme il ne suffit pas de multiplier le nombre des admis pour multiplier le nombre de personnes qui auront retiré une meilleure qualification de leurs études. L’université doit s’être préparée qualitativement, en amont, à accueillir des étudiants plus divers. Les étudiants, en amont, doivent aussi être préparés à entrer dans ce nouvel univers.
Le problème dépasse, je crois, la simple notion de diversité et de fragmentation. Là où il faudrait jouer, de façon importante, est au niveau des procédures d’admission tant initiales à la fin des études secondaires que parallèles c’est à dire au delà, après obtention de qualifications professionnelles ou d’autres formations initiales. Je pense que c’est une étape importante à accomplir avant de procéder à un regroupement uniformisant, et peut-être trompeur dans ses résultats, de différents types d’établissements qui ont évolué jusqu’à présent dans des cultures différentes. Oui au rapprochement des cultures! Mais attention aux fusions manquées! je vous rejoins certainement dans la conclusion que tout ceci implique de toutes façon une refonte d’ampleur, “complète” comme vous dites.
Notre but est finalement de faire pousser des arbres aux branches basses aussi bien que hautes, comme cela toutes les girafes seront contentes! D’aucuns s’écriront ensuite: mais vous allez faire pousser des arbres OGM, et les girafes recevront de la malbouffe! Voila un autre problème qui pointe son nez…
16 octobre 2010 à 13:52
Rachel
La malbouffe des girafes est certainement un thème fort riche. Savez-vous qu’elles sont menacées de disparition ? Disons que l’université devrait peut-être faire pousser quelques arbres à croissance modérée, en espérant que l’on ne soit pas tout de même obligé de recruter des botanistes spécialistes de bonsaï …
16 octobre 2010 à 14:10
Astronaute en transit
Il y a quelques années j’ai lu un livre assez sympathique sur l’histoire de Zarafa, la première girafe offerte en cadeau à la France par le régent d’Égypte, Mehmet Ali, au milieu du XIXème siècle. En fait, Zarafa faisait partie d’un paquet que l’Égyptien offrait à son allié français: un obélisque (celui de la Place de la Concorde) et une girafe… curieuse préoccupation avec la hauteur n’est-ce pas?
Le voyage de Zarafa vers la France a représenté un défi logistique aussi considérable que celui de l’obélisque, nécessitant un navire adapté, la capacité de l’animal à affronter le mal de mer et une nourriture inappropriée. C’est dire aussi que beaucoup se sont servis au passage. C’est, je crois, la femme du préfet de Marseille qui s’est toquée de l’animal et a considérablement retardé son départ vers Paris parce qu’elle aimait l’avoir se promenant dans son jardin, où elle donna ensuite des “soirées à la girafe”, payantes bien entendu, pour la bonne société bout-rhodanienne…
Malheureusement toutes ces aventures n’ont pas garanti à Zarafa une vie paisible dans son nouveau pays, et il me souvient qu’elle n’a pas fait long feu au Jardin zoologique de Paris… alors que l’obélisque n’a pas présenté ce problème.
Donc, entre une université bonsaï et une université sequoïa, on va avoir fort à faire…
16 octobre 2010 à 14:21
étudiant frustré
Rachel, vous dîtes sur l’autre fil que l’Université doit rester ouverte à tous et vous êtes ainsi opposée à la sélection à l’entrée. Le problème est que cette posture empêche l’Université de capter les meilleurs bacheliers, qui vont ailleurs.
Les IUT s’emparent par exemple des bacheliers S qui n’ont pu faire une prépa (les niveaux 2 en quelque sorte), au détriment des bacheliers Pro et Techno, qui n’ont dès lors plus que le choix d’aller à la fac, où ils échouent.
Un des buts de la sélection serait donc d’inverser ce flux d’étudiants qui se dirige vers les IUT avec celui de la fac.
Mettre en place une sélection (par concours?, par dossier?) ne veut pas dire faire comme Science Po, où le concours d’entrée élimine plus de 90% des candidats. La sélection à l’entrée de la fac ne servirait qu’à empêcher ceux qui n’ont vraiment aucune chance de réussir de perdre des années en fac. Cela concerne surtout les étudiants qui abandonnent dès les premiers cours, une fois qu’ils ont vu que la fac n’était pas faite pour eux.
Le simple fait de mettre en place une procédure de sélection à la fac donnerait immédiatement une valeur supplémentaire à celle-ci, qui cesserait d’être la “voiture-balai” du supérieur. Les représentations ont une importance très forte dans la tête d’un lycéen, comme dans celle d’un recruteur d’ailleurs ; la sélection veut dire que le cursus est difficile, donc intéressant, et pas de sélection = cursus facile, donc nul.
Je suis plus réservé sur cette différenciation des parcours. Si les licences d’une même discipline sont trop différentes suivant les facs, cela ne risque-t-il pas de restreindre la mobilité étudiante? En suivant ce raisonnement, je crains qu’un développement trop fort de cette différenciation ne renforce les corporatismes locaux.
16 octobre 2010 à 18:44
Rachel
@étudiant frustré
Il est certain que l’absence de sélection est souvent, dans la tête des étudiants, synonyme de formation de mauvaise qualité. Ce qui est gratuit ne vaut rien c’est bien connu. Moi je trouve cet adage très discutable. Dans ce débat, on focalise presque exclusivement sur le recrutement on oublie souvent le rôle de la formation en elle-même c’est-à-dire celui de valeur ajoutée (je ne renie pas ici le rôle du recrutement, c’est bien entendu très important). Il est facile pour une grande école très sélective de se vanter d’avoir une formation excellente. Les élèves sont excellents à l’entrée, ils ressortent excellents, c’est le moins qu’on puisse demander. Mais qu’en est-il de la valeur ajoutée ? Moi je demande à voir … on a brièvement discuté de cela dans mon billet sur les fossoyeurs de la république, voir en particulier le lien qui pointe vers l’article de Patrick Fauconnier qui discute de cette valeur ajoutée). Ceci dit, les meilleurs étudiants fuient l’université, vous avez raison de le souligner, c’est une réalité. Mais est-ce vraiment à cause de l’absence de sélection ?
Parlons des IUT : Les IUT ont pour mission est de former des bac+2 « finalisés ». Pourtant ces IUT attirent les meilleurs étudiants car ils sont devenus la voie de contournement royale pour éviter l’université et les prépas, ouvrant la voie aux moyennes et grandes écoles. Ces étudiants qui entrent en IUT n’ont aucune intention d’arrêter à bac +2. En ce sens c’est une situation stupide et parfaitement scandaleuse car les places occupées seraient bien mieux adaptées à un public de niveau scolaire plus modeste. Les IUT ne remplissent plus leur mission puisque ils ne forment effectivement que 20 % des étudiants qui entrent sur le marché du travail à bac+2, soit 80 % d’échec. Mais je crois que nous sommes d’accord sur ce point, et je vous remercie de l’aborder régulièrement car il n’est que très peu traité. Ceci dit, je ne pense pas que la sélection à l’université permettra d’inverser ce flux d’étudiants qui se dirige vers les IUT avec celui de la fac.
J’ai souvent lu des tribunes qui préconisent aux universités de se mettre à monter des filières courtes et professionnalisantes. Mais pourquoi monter ces filières alors qu’elles existent déjà ? Ne peut-on pas retrouver un peu de raison afin que notre enseignement supérieur ne marche plus sur la tête ?
On note également que nos grands penseurs qui refondent l’université ou qui en font une chance pour la France ne semblent pas savoir que les IUT ou les BTS existent. Quasi-silence sur ce point. La plus mauvaise note est à mettre aux refondateurs. Qu’ils viennent également visiter les UFR de physique ou de chimie, ils mesureront vraiment l’urgence d’une refondation.
Un cursus « facile » n’est pas nécessairement nul, il peut conduire à une valeur ajoutée. Il suffit d’être transparent sur le niveau, la nature, les objectifs de la formation et de bien expliquer ce que sont les étudiants à la sortie (le fameux bilan de compétences). Le recruteur n’ira pas forcement prendre celui qui est passé par un cursus « difficile ». Le recruteur sait qui il doit recruter et combien il veut le payer. Il va chercher quelqu’un qui est adapté à son besoin.
Enfin, pour le thème de la différenciation, il est intéressant ici de préciser la vision de Louis Vogel. Il y a deux niveaux dans sa démarche. D’après lui, il faut différencier les universités (c’est-à-dire toutes ne doivent pas nécessairement faire la même chose, c’est déjà presque un état de fait, même si les diplômes sont toujours nationaux). Il faut également diversifier les parcours, au sein d’une même université. Il ne faut pas mélanger les deux notions, bien évidemment. Différencier les universités ne veut pas du tout dire qu’il y en aura des bonnes et des mauvaises. Elles proposeront tout simplement des formations différentes. Diversifier les parcours, ça veut dire qu’on offre des formations qui sont adaptées aux niveaux scolaires des flux entrants, c’est à mon sens une préoccupation recevable.
16 octobre 2010 à 22:28
Rachel
Astronaute, je reviens sur votre premier commentaire.
Louis Vogel pense qu’il faut plus d’étudiants. Vous demandez si c’est une simple préoccupation statistique ou un projet social. Voilà ce que dit Louis Vogel, extrait : « la productivité d’une économie est directement liée à la qualité de son enseignement supérieur et à la proportion de la population qui en bénéficie ». Pour soutenir ses propos, il cite le rapport de l’OCDE « regards sur l’éducation » de 2009. Il s’agit donc d’un projet social dans un cadre de compétitivité économique.
Mais je préfèrerais replacer tout ça dans un cadre plus général d’évolution de la société (j’allais écrire de la civilisation !), tout comme vous le suggérez d’ailleurs. J’ai par exemple la faiblesse de penser que l’objectif d’amener 80 % d’une tranche d’âge au bac est globalement bénéfique. Bien entendu pour faire ça il a fallu abaisser le niveau du bac, ainsi en moyenne les bacheliers ont certainement un niveau moins élevé. Mais si on compare maintenant le niveau global d’instruction ou d’éducation, je pense que l’on est gagnant. C’est une impression, sans support statistique, donc ça ne vaut certainement pas grand-chose, et une impression peut se révéler fausse …
Mais de tout ça, on peut tout de même replacer la réflexion sur le devenir de ces 80 % de bacheliers. Certes 80 % de bacheliers ne veut pas dire 80 % d’étudiants dans l’enseignement supérieur, mais dès l’instant où on adopte cette politique, il faut être attentif aux répercussions dans les niveaux supérieurs. A mon avis, on a oublié d’avoir cette attention et il est temps qu’on s’en occupe. Il me parait impensable que l’on continue comme ça, sans admettre qu’il faut trouver urgemment une solution pour le premier cycle universitaire, tant l’échec est scandaleux pour les étudiants en licence (lire ici et ici) et traduit une inadéquation de niveau entre le bac et l’enseignement supérieur.
Là où je suis en désaccord, c’est quand vous semblez dire que lutter contre la fragmentation risquerait de conduire à mettre en place un système regroupement uniformisant. Je crois que dans l’esprit des réformateurs (j’ai dit réformateurs, pas refondateurs, pour balayer plus large, de Louis Vogel aux autres personnes qui pensent que notre enseignement supérieur doit évoluer), il y a pas d’intention sournoise d’uniformisation. Pour ma part je pense il faut faire ces rapprochements pour favoriser la mixité (ici vue en termes de potentiel de rencontres, d’échanges, de passerelles) tout en maintenant la diversité des formations (celles d’excellence incluses bien entendu). C’est aussi un projet de société, je crois, de favoriser la mixité et d’accepter la diversité (mon coté bisounours …).
Si je pense qu’il ne faut pas sélectionner à l’université, c’est le fruit de mes réflexions sur ce blog, je suis certainement aussi influencée par la lecture de livres tels que celui des Refondateurs ou celui de Louis Vogel, ou d’autres encore. C’est aussi certainement mon histoire personnelle car j’étais mauvaise élève, pas du tout intéressée par les cours au lycée. J’ai redoublé ma terminale et j’ai eu le bac l’année suivante au rattrapage. Inutile de dire que j’étais grillée pour toute voie sélective. Je suis donc allée à l’université, et c’est l’université qui m’a sauvé. Le jour où on mettra une sélection à l’entrée de l’université, je pense qu’on perdra globalement.
16 octobre 2010 à 22:30
jako
Rachel, vous auriez pu aussi faire le dessin d’un circuit de formule 1 avec une deux chevaux qui pleure parce qu’elle arrive la dernière ou parce qu’elle n’arrive pas du tout : c’est la faute au circuit ? Vous dites que vous êtes favorable à une Université ouverte à tous, ce qui implique alors que vous allez mettre dans le même circuit des deux chevaux et des Mc Laren. Et vous pleurerez ensuite devant l’échec des deux chevaux…. Et vous voudrez en plus évaluer le coach de la deux chevaux à sa capacité à transformer la deux biques en Ferrari ? Il est évident qu’il faut un circuit pour les teufs teufs et un circuit pour les bolides. Je l’ai déjà dit ici même : les universitaires sont dans la situation d’un cuisinier dont on voudrait évaluer la cuisine en lui donnant des produits avariés en guise de matière première : qui accepterait un deal aussi délirant ? Notre ami l’étudiant (toujours en forme, bravo !) demandait comment les universitaires avaient pu accepté une situation pareille. La question est à la fois intéressante et difficile. Sans doute peut-on y voir pour une part un effet de la force d’inertie qui caractérise l’université : déjà dans une famille tout le monde peut ne pas être d’accord et des tensions peuvent surgir. Alors comment la communauté universitaire dans son ensemble pourrait-elle parler d’une seule et même voix ? A moins évidemment d’édicter une « ligne du parti » que tout le monde serait tenu de suivre. D’autre part, beaucoup considèrent qu’ils n’ont aucune prise sur les évolutions (je devrais dire sans doute les ‘diktats’) imposées d’en haut par nos technocrates du Ministère, et du coup de nombreux passagers de la grande barque universitaire se laissent porter, en espérant chaque jour ne pas être « emportés » : le moins que l’on puisse dire est que l’on ne travaille pas sereinement dans de telles conditions… Enfin – et c’est une conviction que je me suis formée suite à d’innombrables discussions avec des enseignants du secondaire et du supérieur depuis de nombreuses années – ces mêmes enseignants ont d’eux-mêmes et de leur position sociale une idée tellement haute qu’ils ne peuvent pas imaginer une seconde qu’on puisse réussir sa vie autrement qu’en ayant fait Normale Sup, Polytechnique, ou…. faute de mieux…. l’Université. C’est d’ailleurs on ne peut plus clair dans les discours d’un certain nombre d’intervenants de ce blog : to be graduate or not to be… Quitte à mettre en place des « parcours diversifiés » qui tôt ou tard produiront à l’Université les mêmes résultats que dans le secondaire : vous verrez fleurir ici des PUAP (« Pôle Universitaire d’Alphabétisation Prioritaire ») et là des PUES (« Pôle Universitaire d’Excellence Scientifique »). Et les dindons de la farce seront bien sûr les étudiants auxquels on aura fait croire que leur cursus en « PUAP » mérite le qualificatif d’« universitaire »….
16 octobre 2010 à 23:43
Astronaute en transit
En somme, Jako, vous trouvez plus efficace de planter un petit arbre pour les petites girafes à côté du gros arbre pour la grande girafe…
16 octobre 2010 à 23:59
Rachel
Jako, les sports mécaniques ça ne m’inspire pas, je préfère les girafes. Oui je vais mettre les petites girafes avec les grandes, dans le même parc, je ne vois pas où est le problème car j’aurais planté des arbres diversifiés par leurs tailles. J’espère même qu’elles vont discuter entre elles et qu’elles feront des bébés girafes (car n’oublions pas que les girafes sont une espère en voie de disparition – tout comme nos étudiants dans les universités d’ailleurs). Mais supposons que vous ne parlez pas le langage des animaux, je reviens, pour vous faire plaisir, à votre circuit de course de voitures. Oui je vais faire courir vos bolides Mc Laren avec les deux chevaux, sur le même circuit. Où est le problème ? les Mc Laren partiront faire leur compet (Vroum Vroum!), les deux chevaux seront derrière et iront sur un autre rythme. D’ailleurs pour les deux chevaux, il n’y aura pas de compétition pour un « vainqueur » mais simplement la satisfaction d’être arrivés au bout et se sentir armés pour sortir du circuit et aller écumer les routes de France et d’ailleurs.
17 octobre 2010 à 00:06
Rachel
Quant à dire que beaucoup considèrent qu’ils n’ont aucune prise sur les évolutions et qu’ils subissent les ‘diktats’ imposées d’en haut par nos technocrates du Ministère, je trouve que c’est vite oublier que le ministère n’impose pas les maquettes des formations et qu’une grande liberté est donnée aux universitaires sur ce sujet. Encore une fois, dire que c’est la faute des autres, c’est surtout fuir ses propres responsabilités devant l’échec lamentable du premier cycle à l’université.
17 octobre 2010 à 00:20
Astronaute en transit
Je suis votre commentaire, Rachel. Il me paraît manifeste à moi aussi que l’intention recherchée derrière un nombre élevé de diplômés était une société en quelque sorte “meilleure” que ce que l’on avait dans le schéma précédent caractérisée par des niveaux d’éducation très hiérarchisés, tout méritocratiques qu’ils étaient. Je pense pourtant qu’on a pensé très légèrement la façon dont on voulait faire évoluer la société, et qu’on a commis des erreurs indiscutables. Dans mes moments pessimistes je ne suis pas loin de penser comme Jako (une fois n’est pas coutume!) qu’on a “assumé d’un coeur léger” (je cite Émile Ollivier, président du Conseil du Second Empire, au moment de déclarer la guerre à la Prusse en 1870) la création d’une université à deux vitesses et durablement affaiblie.
Les 80% d’une classe d’âge au bac, si je ne me trompe, ont été décidés sous le Ministère de Jean-Pierre Chevènement en 1985. On connait bien Chevènement, le républicain pur et dur, le souverainiste, l’énarque qui a ensuite férocement étrillé son école d’origine. Il était, paraît-il, inspiré par les statistiques japonaises qui montraient justement un très haut niveau de diplômés du secondaire par classe d’âge.
Pourtant ce qui manquait à cette décision était une articulation immédiate avec les formations post-bac. Les premiers cycles universitaires auraient dû logiquement être réformés immédiatement… ce qui veut dire, dans les années 1980. Or l’année après le lancement de ce programme, la gauche a perdu le pouvoir, on a eu le premier gouvernement de cohabitation, qui a effectivement présenté une réforme de l’université qui aurait sans doute fait évoluer sa culture… il y était déjà question de sélection-orientation, en quelque sorte. Pourtant plutôt que d’accompagner ce mouvement, l’opposition, initiatrice des 80% d’une classe d’âge au bac, a fait torpiller cette réforme par des manifestations de rue, et l’université s’est retrouvée bloquée pour vingt cinq ans. Julien Dray, Christophe Borgel, David Assouline, les leaders de la contestation étudiante de 1986, ont tous fait une confortable carrière politique au PS depuis lors. On ne les a jamais entendu prendre une part majeure au débat sur l’enseignement supérieur depuis.
Je saisis bien les craintes de fermeture que peuvent susciter certaines idées que je développe (ou plutôt que je reprends au fil des discussions, ce sont les idées d’autres), et peut-être que je ne les exprime pas bien? Trop de sélection tuerait certainement la diversité des profils, et une conception trop rigide de l’excellence risque d’écarter des potentiels… Pourtant ce qui m’animerait bien ici c’est comme vous le souci de ne pas maintenir des institutions qui créent de l’échec. J’ai comme vous le souci du repêchage. C’est d’un ordre différent mais au régiment, j’ai eu un camarade qui avait quitté le collège tôt en allant vers une filière professionnelle; pourtant il avait pu trouver des passerelles ou autres équivalences et en définitive avait obtenu un bac G (utile pour lui permettre de passer sergent, l’armée commençait juste à recruter ses sous-officiers au niveau bac). En somme je vous suis bien il y a urgence à trouver les voies qui permettent à des étudiants en situation originelle d’échec de surmonter éventuellement ces premiers revers et reprendre les études. C’est l’une des raisons pour lesquelles je trouve que la Formation Continue (en anglais, pour faire bisquer les sauriens, on parle de l’adult education et même, prosaïquement, de night school) devrait sans doute livrer quelques leçons et expériences. J’aimerais bien penser qu’il ne s’agit pas d’un simple emplâtre, mais sait-on jamais?
17 octobre 2010 à 01:37
jako
Oui Astronaute, il serait sans aucun doute plus efficace de planter un petit arbre pour les petites girafes à côté du gros arbre pour la grande girafe. Rachel, personnellement ça ne me pose strictement aucun problème que des étudiants vivent à la fac des moments d’incertitude, d’hésitation, de remise en cause ou de tâtonnements : après tout c’est la vie ! Le problème est que Mme Pécresse et nos amis de l’AERES se contrefichent de notre deux chevaux et de son rythme pèpère: tout ce qui les intéresse, ce sont précisément les McLaren. Je comprends fort bien votre idée généreuse d’une université qui accueillerait toute la misère du monde : en même temps, quand vous prenez l’avion, vous aimeriez être sûre que le commandant de bord se trouve à sa place en vertu de compétences, de connaissances et d’une expertise reconnues, et non pas pour satisfaire au diktat en vertu duquel une classe d’âge DOIT être diplomée de l’ENAC : par quel mystère le niveau d’exigence de l’Université devrait-il être différent ? Finalement on en revient aux choix politiques, et celui de 80% d’une classe d’âge avec le bac en poche en est bien un. Vous reconnaissez vous-même qu’ « il a fallu abaisser le niveau du bac » pour satisfaire ce diktat et vous demandez à l’Université (pardon, aux facs de Lettres…) de se débrouiller avec ça. Mieux ! Vous vous scandalisez de l’échec de ces étudiants auxquels on a donné ce simulacre de « diplôme universitaire » ? Il n’y a échec que parce que vous avez soumis la deux chevaux et la Mc Laren aux mêmes conditions. Je mesure un mètre soixante et pèse 90 kilos : je puis toujours revendiquer haut et fort mon droit à participer à un 110 mètres haies avec Andy Turner. Mais si mon aveuglement ou mon inconscience me conduisent à un échec (et en l’occurrence ça ne peut pas faire de doute…), à qui devrais-je m’en prendre ?
17 octobre 2010 à 10:30
Rachel
Jako, V. Pécresse ne n’occupe pas que les Mc Laren, c’est un procès d’intention qui me semble injuste. N’a-t-elle pas mis en place un plan licence dès son arrivée ? elle aurait pu ne rien faire. N’a-t-elle pas fait un plan campus pour améliorer une partie de l’immobilier dégradé ? N’a-t-elle pas tenté de repositionner l’université au cœur de l’enseignement supérieur ? N’a-t-elle pas donné aux universitaires la liberté et la responsabilité ? Si on regarde son début de mandat, elle a prôné le rapprochement entre écoles et universités. Avez-vous suivi son combat pour la « démocratisation » de l’enseignement supérieur, combat mené contre les lobbyistes des grandes écoles ? Nous en avons parlé abondamment sur ce blog, en loupant toutefois les épisodes importants de ce début du mois. Savez-vous que le « grand emprunt » est très largement favorable aux universités ? Bien entendu on peut regretter son orientation trop élitiste, j’en ai parlé souvent ici. Il n’empêche que ça correspond à un investissement massif sans précédent qui peut se concrétiser majoritairement dans les universités, et pas forcement dans les écoles, malgré le caractère élitiste.
Quant au reste de votre commentaire, je pense que vous avez mal lu mes billets ou bien vous faite exprès de ne pas comprendre pour m’embêter. Jamais je n’ai prôné la disparition de formations d’excellence, je souhaiterais, comme vous, pouvoir prendre l’avion avec l’assurance que le commandant de bord a les compétences requises. Comme je l’ai déjà écrit mille fois, l’université ouverte à tous ne veut pas dire que tous font la même chose et que tous auront le même niveau de formation. L’université n’aurait donc pas UN niveau d’exigence, mais plusieurs, adaptés à un public diversifié au sein de formations diversifiées. Cela est très différent de la stratégie appliquée dans le secondaire pour amener 80 % d’une classe d’âge au bac.
17 octobre 2010 à 10:57
étudiant frustré
Je vais peut-être me répéter, mais je dirais qu’il existe déjà des arbres pour les petites girafes (les BTS/IUT), mais on a mis des grillages autour et on empêche les petites girafes d’y rentrer ! Seules des grandes girafes peuvent y manger.
Dès lors, les petites girafes se tournent, par dépit ou méconnaissance des risques, vers le seul arbre (la fac) où il n’y a pas de barrière autour ; mais cet arbre est très grand et les petites girafes ne sont pas assez grandes pour manger les hautes branches de l’arbre. Après avoir essayé plusieurs fois, elles finissent par mourir au pied du grand arbre.
Qu’est-ce qu’on peut faire? Certains voudraient rendre plus petit le grand arbre pour les petites girafes, d’autres voudraient carrément l’abattre, d’autres encore imaginent des manipulations génétiques qui feraient pousser des branches plus basses sur le grand arbre.
Alors oui, il n’y a pas assez de girafes, ou plutôt on les tue en leur faisant manger des arbres qui ne sont pas adaptés à leur taille. Les solutions les plus rationnelles seraient qu’on enlève l’enclos autour du petit arbre, ou de n’y mettre que des petites girafes. Mieux, on pourrait en plus mettre un enclos autour du grand arbre pour empêcher les petites girafes d’y aller et d’y mourir. Les petites girafes dans l’enclos au petit arbre, les grandes dans l’enclos au grand arbre.
On pourrait aussi se fâcher contre les vieilles girafes, qui n’élèvent pas bien leurs petites girafes avant de les lâcher dans la nature, mais c’est un autre débat.
Rachel, si ça peut vous rassurer, moi aussi j’étais plutôt nul au lycée, un vrai cancre qui n’avait pas envie d’apprendre des cours inutiles par cœur. Et pourtant, je me suis révélé à la fac. C’est pourquoi je n’aime pas la sélection sur dossier (comme le font IUT et prépas) et que je préfère une sélection sur concours d’entrée, qui ne viserait que la matière choisie. Je crois que c’est la solution la plus juste, plus qu’une sélection par l’argent ou sur dossier en tout cas.
17 octobre 2010 à 11:56
Astronaute en transit
C’est fou ce que l’intervention des girafes permet de comprendre les dilemmes et contradictions de l’enseignement supérieur!
Il faut remarquer, Jako, qu’il est curieux de s’en prendre à l’actuelle ministre et à l’AERES quant à la situation actuelle, car on voit bien que les décisions fatales à long terme (c’est vrai pour l’enseignement supérieur, mais aussi, incidemment, pour la question des retraites qui est tout à fait différente mais dont on parle aujourd’hui) ont été prises dans les années 1980, sous le mandat présidentiel de François Mitterrand. L’étonnant, c’est que l’on a pu constater dès la décennie suivante, les 1990, à quel point les conséquences de ces choix menaçaient la survie du système, mais que les responsables politiques ont refusé de toucher au système par peur des mouvements de rue que les intérêts établis (notamment syndicaux, ce qui implique bien la responsabilité des personnels dans ce blocage) ne manquaient pas de déchainer à chaque projet. On en arrive à la situation présente où les handicaps cumulés sont d’autant plus dévastateurs.
Peut-être estimez vous que Mme Pécresse et l’AERES (j’ai tout de même du mal à me représenter que les actions et intérêts d’une politique et ceux des fonctionnaires et technocrates du ministère soient tout à fait identiques en cette affaire) se trompent un peu de combat et qu’ils se focalisent trop sur l’exigence de qualité sans s’attaquer au problème de médiocrité. Il faudrait remarquer que pour s’attaquer à ce qui est de toutes façons une montagne de problèmes (ou des arbres qui poussent trop haut et trop bas) il faut bien prendre un angle, et celui de la qualité n’est peut-être pas le plus mauvais pour commencer, car il faut bien poser un objectif de là où l’on veut aller.
La désapprobation de cette méthode qui vous anime particulièrement, c’est qu’on ne peut pas, ce faisant, attaquer le problème sans mettre un certains nombre de personnels qui ont vivotté sous l’ancien système devant leurs responsabilités. ça crée immanquablement du stress et de la révolte dans un univers qui s’est endormi dans des certitudes, notamment celle que tous les problèmes viennent d’en haut: ce n’est vrai qu’en partie, car des personnels statutairement protégés ont accompagné les décisions prises sous Mitterrand et les non décisions prises sous son successeur. Auraient-ils connus un peu plus de précarité qu’ils n’auraient pas manqué de pointer les déficiences de ces décisions.
Enfin, je vais admettre que pour ma part je n’étais pas mauvais au lycée (mais pas matheux, ce qui a d’emblée déterminé mon parcours). J’ai connu à la fois les examens d’entrée et la sélection sur dossier. Du coup je suis peut-être le moins qualifié d’entre nous pour me prononcer sur la question de leur application à l’entrée dans les premiers cycles universitaires, toujours est-il que j’ai quelques convictions à ce sujet mais je suis loin d’être persuadé qu’elles sont nécessairement idéales.
17 octobre 2010 à 12:08
Rachel
Etudiant frustré, pas de problème si vous vous répétez, l’enclos pour les petites girafes (BTS, IUT) est l’une des clés du problème et une anormalité criante du système. Bien que cet enclos a été prévu au départ pour les petites girafes, on a mis dedans des grandes girafes. Les petites girafes se retrouvent donc repoussées dans un enclos avec des grands arbres et ben alors ils ne peuvent plus manger …
Que peut-on faire ? c’est tout simple : on casse les enclos afin de mélanger les petites et les grandes girafes. Au lieu d’avoir des enclos, il y a aura alors un grand parc, avec des grands et des petits arbres. Je pense qu’assez naturellement, les grandes girafes mangeront les feuilles des grands arbres et les petites girafes celles des petits arbres. Le contraire serait un exercice de contorsionniste qui me parait un peu inutile (ou alors les girafes sont aussi stupides que les hommes, ce que parait peu réaliste). Quand les girafes sont bien repues, alors elles sortent du parc pour affronter la jungle.
17 octobre 2010 à 13:40
jako
Rachel, je n’ai pas dit que Mme Pécresse ne s’occupe que des McLaren ! J’ai dit qu’elle fait courir sur le même circuit les deux biques et les McLaren, et qu’elle est donc mal placée pour se plaindre ensuite des résultats de la deux biques qu’elle a pris soin d’aligner sur ceux de la McLaren. Je suis bien d’accord avec Etudiant frustré : « on pourrait en plus mettre un enclos autour du grand arbre pour empêcher les petites girafes d’y aller et d’y mourir. Les petites girafes dans l’enclos au petit arbre, les grandes dans l’enclos au grand arbre ». Quant au plan licence, je rappelle qu’il « a pour ambition de diviser par deux le taux d’échec en première année en 5 ans, de faire de la licence un vrai diplôme national qualifiant d’insertion ou de poursuite d’études et d’atteindre ainsi l’objectif de 50 % d’une classe d’âge au niveau licence ». C’est donc bien une vision qui repose sur la même logique que celle qui a produit le diktat des 80% d’une classe d’âge avec le bac en poche. Pour satisfaire ces nouveaux diktats et pour « garantir aux étudiants la maîtrise des savoirs fondamentaux ( ????) et des compétences indispensables », vu le « public » qui arrive à la fac, on va mettre en place des PUAP (« Pôle Universitaire d’Alphabétisation Prioritaire ») dans lesquels on aura adapté l’offre au profil de ces « clients » dont personne ne veut : mais quels sont les étudiants qui se vanteront ensuite d’être passés par des « PUAP » ? Il est évident qu’à vouloir adapter les exigences de l’Université « à un public diversifié au sein de formations diversifiées », l’on va créer à la fac les mêmes zones de relégation que dans le secondaire… et avec les mêmes conséquences. Quant aux « libertés », j’ai beaucoup rigolé en lisant le mot suivant relévé par vos amis de SLU dans le rapport de la RGPP : « Enfin, les réformes en cours et notamment le passage à l’autonomie des universités nécessitent de renforcer la capacité du ministère et des organismes de contrôle à piloter les activités de l’ensemble des acteurs autonomes d’enseignement et de recherche » : c’est ce que vous appelez l’« autonomie » ?
P.S. Rachel, vous avez oublié un détail dans votre enclos à girafes : les petits arbres qui sont seuls à portée des petites girafes ont en plus des feuilles de qualité inférieure, moins nourrissantes mais plus faciles à digérer pour leur petit intestin ; mais on les trompe sur la marchandise, car on leur fait croire que les petits arbres aux feuilles indigentes et les grands arbres aux grandes feuilles nourrissantes, ben c’est pareil…. Et vous croyez que les petites girafes accepteront longtemps la duperie ? Vous préparez tous les ingrédients pour l’insurrection des girafes….
17 octobre 2010 à 14:39
Rachel
C’est plutôt avec les enclos actuels, avec une végétation non adaptée, que les petites girafes auraient toutes les raisons de s’insurger. La malbouffe des petites girafes est un problème actuel. Moi je souhaite l’émergence d’une solution pour contrer ça. Rien ne dit non plus que les petits arbres ont des feuilles moins nourrissantes. Je dis simplement que les petites girafes sont petites et rien n’oblige à les gaver autant que les grandes girafes. Je suppose donc ici que l’estomac des girafes est dimensionné à leur taille (ici concept de lutte contre l’obésité).
Contrairement à vous, je ne veux plus des enclos à girafes. Je suis pour l’émancipation des girafes. Donc à bas les enclos, construisons des parcs avec de la diversité végétale pour nos jeunes girafes. Ensuite ou pourra laisser aller affronter la jungle.
17 octobre 2010 à 15:22
Astronaute en transit
Les girafes ne savent plus où donner de la tête! Il ne manquerait plus que Krokodilo débarque sur ce fil, il vous expliquera qu’en introduisant des cours en langue anglaise, ce sont des lions qu’on a fait entrer dans l’enclos, et ils viennent dévorer les pauvres girafes!
17 octobre 2010 à 15:27
Astronaute en transit
Jako, puisque vous considérez que les objectifs de Mme Pécresse en termes de réussite en licence sont le pendant exact des 80% de classe d’âge au bac, quelle alternative souhaiteriez vous?
Qu’il n’y ait pas d’objectifs, et que les premiers cycles continuent à fonctionner comme avant?
Qu’on introduise des épreuves de sélection rigoureuse pour l’entrée en premier cycle? Et que les enseignants chercheurs de chaque université soient souverains pour conduire ces épreuves? (puisque manifestement vous n’aimez pas les interférences du ministère ou de l’AERES)
Ou une autre option? (Je vous laisse nous la décrire)
17 octobre 2010 à 16:01
Rachel
A vrai dire, Astronaute, initialement je n’avais pas capté pleinement la richesse de mon illustration … merci de l’avoir mis en évidence, car je trouve, tout comme vous, que c’est particulièrement pertinent, en plus d’être divertissant ! Quant à mettre en scène les sauriens ou les lions … je préfère les laisser parqués sur votre fil (fil étrangement calme aujourd’hui … trêve dominicale ?).
17 octobre 2010 à 16:51
Astronaute en transit
Pourvou qué sa doure, Rachel!
17 octobre 2010 à 16:54
étudiant frustré
Rachel, doit-on aussi retirer les enclos pour les 215 écoles d’ingénieurs, les 4 écoles normales et les 4 écoles vétérinaires (site MESR)? (Et il y en a encore d’autres).
En plus, ces enclos sont tout petits et ils ont les meilleurs arbres, alors qu’il n’y a pas beaucoup de girafes.
Mais je crois que ces girafes risquent d’être très agressives si on leur retire leurs arbres.
17 octobre 2010 à 17:14
étudiant frustré
Astronaute, si l’objectif de 80% d’une classe d’âge au bac peut paraître louable, il faut voir les dégâts qu’il a occasionnés : l’effondrement du secondaire. L’objectif, qui n’est toujours pas atteint, se réalise en abaissant chaque année les exigences de connaissances ; les cours d’orthographe nous l’ont bien montré.
J’ai très peur quand j’entends parler de 60% d’une classe d’âge au niveau licence ; ne va-t-on pas choisir une nouvelle fois la facilité ? Ce sera quoi la prochaine étape ? 50% au master ? puis 40% au doctorat ? Quel est le but de tout ça ? En tout cas le résultat final donne des diplômes qui ne servent à rien et des jeunes sur-diplômés qui n’ont rien.
Je préfèrerais que l’on se donne comme objectifs 75% de jeunes avec un CDI deux ans après les études, un salaire médian ou moyen de 1800€ pour les jeunes de 25 ans… plutôt qu’une course aux diplômes totalement inadaptée à la société actuelle.
17 octobre 2010 à 17:32
Rachel
Etudiant frustré, à quoi servirait de faire perdurer les enclos des grandes écoles ? Dans ces enclos les arbres sont grands, je ne vois pas bien en quoi les petites girafes poseraient des problèmes … Vous les imaginez peut-être faire la courte échelle pour aller voler les feuilles réservées aux grandes girafes ? De plus enlever l’enclos ne veut pas dire enlever les grands arbres qui sont dans l’enclos, comme vous semblez le dire. Ceci dit, si on devait s’y mettre, je suggère de commencer par les écoles vétérinaires.
17 octobre 2010 à 18:13
jako
Astronaute, ce que je souhaiterais ? Que la licence ne devienne pas un diplome-poubelle du même genre que le bac (ce qu’elle est hélas en train de devenir…). Et l’une des conditions pour ce faire, c’est d’instaurer une sélection draconienne à l’entrée de la fac. Puisqu’on parle de « management de la qualité » – c’est le vocabulaire de l’Aeres – la moindre des choses est qu’on laisse l’Université sélectionner sa « matière première » ; Rachel, ne vous en déplaise, les grandes et belles feuilles nourrissantes des grands arbres feront envie aux petites girafes qui crieront à la discrimination. Et le grand manitou des enclos décidera qu’en vertu de la loi toutes les girafes doivent accéder aux grands arbres. Comme ce n’est pragmatiquement pas possible, le grand manitou décidera alors d’abattre tous les grands arbres, pour la simple raison que les petites girafes sont plus nombreuses et que leur mécontentement risquerait de pourrir l’atmosphère de l’enclos. Les grands arbres ayant été décimés, les grandes girafes décideront alors d’aller là où il y en a encore…
17 octobre 2010 à 18:25
Rachel
Jako, la discrimination c’est actuellement qu’elle existe. Le grand manitou pourra dire ce qu’il veut, les lois de la nature font que les petites girafes ne pourront pas attraper les feuilles des grands arbres, les grandes girafes ne doivent pas avoir peur. J’insiste mais il existe des petits arbres qui ont des belles feuilles et qui peuvent parfaitement nourrir convenablement les petites girafes (voir notion de valeur ajoutée – ou nutritive, c’est selon). Ce n’est pas une bonne idée d’abattre tous les arbres, c’est curieux d’envisager cette option. S’il n’y a plus d’arbres alors plus de girafes, grandes ou petites.
17 octobre 2010 à 18:25
Astronaute en transit
@ Étudiant: il serait peut-être judicieux, comme vous le soulignez, de raisonner en termes de taux d’emploi des classes d’âge plutôt que de taux de diplômés, c’est ce qui compte in fine, parce que le modèle social français ne va pas perdurer si le taux de chômage des jeunes se maintient aux niveaux où il se trouve depuis plusieurs décennies.
Cela dit, l’obtention de diplômes ou de qualifications est un élément clé d’une stratégie pour un fort taux d’emploi des jeunes. Ici encore on peut se proposer des objectifs de façon à calibrer les politiques qui vont être mises en oeuvre (en espérant qu’elles atteignent en fait ces objectifs, comme vous le remarquez c’est une gageure!)
Ces pourcentages qu’on veut atteindre, je crois qu’ils entrent surtout dans le domaine de la communication davantage que celui de politiques mises en oeuvre. Ils ont ceci de pervers, c’est qu’ils fixent les opinions publiques sur des marques symboliques et elle a ensuite le plus grand mal à mesurer quelles sont les conséquences, en particulier négatives, d’une trop forte obsession autour de ces marques symboliques.
Proclamer un objectif en terme de pourcentages de diplômés, c’est un peu de la planification soviétique: il faudrait en fait être plus précis sur les nuances nécessaires, parler de certains diplômes mais en les distinguant d’autres qualifications, appropriées à leurs titulaires, qui auraient des équivalences en termes de débouchés professionnels.
17 octobre 2010 à 18:29
Astronaute en transit
@ Jako, sélection draconienne pour vous donc, je peux vous ranger en quelque sorte dans les partisans de la solution n°3 évoquée dans le livre des refondateurs, mais j’imagine que votre conception de la sélection est autrement plus forte que la notion de sélection-orientation dont ils ont parlé, et que je trouvais un peu soft quand nous en avons discuté…
19 octobre 2010 à 06:09
Rachel
En résumé, je suis finalement la seule sur ce blog à ne pas être favorable à la sélection à l’université … dans quel monde impitoyable vivez-vous ?
19 octobre 2010 à 09:48
Dan - visseur nuptial
@Rachel : vous dites “Le recruteur sait qui il doit recruter et combien il veut le payer. Il va chercher quelqu’un qui est adapté à son besoin.”
Et donc on peut en conclure que ce n’est pas très grave si l’université forme des gens pas tout à fait qualifiés, du moment que le recruteur en est conscient. Mais c’est plus compliqué : les conventions collectives imposent de recruter à un certain niveau dans la classification, et de payer un certain salaire, en fonction du diplôme. C’est pour cela d’ailleurs qu’un certain nombre d’entreprises préfère embaucher des « niveaux DUT » plutôt que des diplômé DUT. Nous avons eu ce type de situation dans notre entreprise, ou les secrétaires avec un BTS de « secrétariat de direction », aucune expérience, et une formation discutable étaient mieux payées à l’embauche que des secrétaires expérimentées et compétentes. Même chose pour des bacs pro électriciens. Bien sûr, les moralistes nous diront que nous n’avions qu’à remonter les salaires de toutes les personnes en poste qui n’avait pas le diplôme (quelques milliers)… et à mettre la clé sous la porte.
Les conventions collectives imposent une rigidité, protectrice certes, mais en contrepartie les diplômes doivent correspondre à une compétence garantie.
19 octobre 2010 à 10:02
Dan -visiteur de zoo
Nous vivons peut-être dans le monde réel.cf mon billet sur les conventions collectives et les niveaux de rémunération : ce n’est pas une contrainte négligeable.
Ce qui est fabuleux, c’est que derrière tout cela c’est le refus de choisir entre une université qui aurait des débouchés autres que l’université et l’enseignement, et une université qui seraient une sorte de grande promotion sociale et culturelle, en se disant que le monde réel ferait son marché là-dedans. Seulement, ce refus du choix a des conséquences :
- pour les étudiants, qui croient que l’université les prépare à un emploi dans le monde réel, c’est un marché de dupes.
- Pour la collectivité, c’est un incroyable gâchis – voir les interventions de Jako.
- pour beaucoup d’enseignants, c’est une très grande frustration.
Je partage l’analyse : 80 % d’une classe d’âge au niveau bac sans se préoccuper de l’aval, c’est une erreur politique majeure, mais… Après moi le déluge.
19 octobre 2010 à 10:26
Dan- visseur naïf
S’il n’y avait pas de petits arbres dans le jardin d’éden des girafes, mais seulement des arbres moyens, ou grands,Darwin nous dit que pour survivre, les girafes se pousseraient du col, s’étireraient ,” travailleraient” pour pouvoir brouter les feuilles des grands arbres. Mais les girafes qui viennent d’avoir le bac savent bien que, quoi qu’il arrive, elles pourront survivre sans faire grand-chose pendant deux ans. Certaines girafes plus courageuses que d’autres essaient de brouter les arbres, et les autres ramassent ce qui tombe.
L’absence d’exigences favorise rarement la qualité. Ne pourrait-on penser que des exigences “raisonnables” mais vérifiées seraient salutaires pour les bacheliers, qui se décarcasseraient pour satisfaire à ces exigences ?
Mon expérience du TOEIC rendu obligatoire pour obtenir le diplôme d’ingénieur : au conseil d’administration, certains disaient que ce n’était pas possible. Après deux ans, tous les élèves avaient compris qu’il fallait bosser l’anglais, et tous avaient le TOEIC : les exigences étaient raisonnables et claires.
19 octobre 2010 à 10:38
Astronaute en transit
Bravo Dan, à présent c’est à vous que l’alligator va s’en prendre!
Plus sérieusement et aussi pour aborder la remarque de Rachel, il me semble que nos différents points de vue concernent des différences d’approche par rapport à la sélection aussi bien comme instrument que dans sa finalité, comme si nous avions des perceptions différentes du rôle qu’on lui assignerait aussi bien que des conséquences réelles qu’elle entraînera.
Une université sélective reste-t-elle une université ouverte, et renforce-t-elle par ce biais sa valeur formatrice?
En somme la sélection relève-t-elle de l’enclos utilisé pour orienter les girafes vers les arbres qui leurs sont destinés ou de l’enclos permettant aux arbres de pousser sans être mangés?
19 octobre 2010 à 12:18
Rachel
A Dan le visseur darwiniste naif,
Je comprends votre démonstration, je pense effectivement que l’université n’a pas compris que le niveau du bac avait baissé et que les programmes de licences n’étaient plus adaptés (la preuve par les 50 % d’échec en L1). Peut-être aussi elle n’a pas su comment faire pour les mettre au travail. Est-ce la faute des étudiants ? vous semblez dire qu’ils se la coulent douce pendant deux ans, je trouve ça très caricatural. Dans le même esprit, j’ai entendu dire que les ingénieurs se la coulent douce pendant trois ans, après leur recrutement qui leur a donné le droit d’entrer …
19 octobre 2010 à 12:57
jako
Astronaute, oui je penche pour la solution 3, mais en effet version forte. Ce qui ne risque pas d’être pour demain si j’en crois Mr Juillard, qui nous dit que “Au nom de la sélection des élites, nous avons sacrifié la réussite du plus grand nombre. Nous devons conjuguer l’excellence des savoirs avec une réelle démocratisation de la réussite. (….) Les élites seront au moins aussi nombreuses et performantes si nous engageons une transformation profonde de l’école garantissant la réussite de tous. Il n’y a, de notre point de vue, aucune opposition entre l’émergence d’une élite et la réussite de tous”. (http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/10/18/le-ps-reviendra-sur-la-suppression-de-la-carte-scolaire_1427982_3224.html). La réussite comme l’excellence ne se décrètent pas. Quant à la “réussite de tous”, je ne vois pas ce que ça veut dire. Que chacun doive pouvoir trouver sa place dans la société, c’est parfaitement légitime. Mais si j’ai bien compris les discours ambiants sur la “réussite”, les boulangers ou les serruriers seraient quant à eux des ratés: c’est sympa pour eux!
Dan, vous avez raison. Le problème est que pour contenter les petites girafes (qui n’ont pas forcément envie de se “pousser du col”…), le grand manitou de l’enclos a fait pousser partout de tous petits arbres rikikis avec des feuilles rikikis et qu’il y a de moins en moins de grands arbres pour les grandes girafes: c’est à elles de se rapetisser le col?
20 octobre 2010 à 06:40
Astronaute en transit
Il est comique de voir M. Julliard bâtir une carrière de politicien socialiste sur le foutoir qu’il contribué à mettre à l’université, mais il n’est que le dernier d’une longue liste de ces personnages. Dans six ou sept ans, ce sera ce jeune monsieur Victor Colombani qui sera en train de tenir les mêmes poncifs que Julliard, écouté benoîtement par Le Monde…
À moins qu’il ne nous surprenne tous et devienne éleveur de girafes!
22 octobre 2010 à 00:43
Dan - visseur téléspectateur honteux
Ce soir, dans “ce soir ou jamais” une intervenante horrifiée se désole de connaître “une quinzaine” de docteurs en histoire antique qui sont serveuses de café. Qui les a acceptés en doctorat ? A quel moment ont-elles ( ou ils ) cru ou fait semblant de croire qu’ils auraient du boulot ? Ils peuvent écrire des livres en dehors des heures de travail, conseiller des réalisateurs qui tournent des peplums, mais en dehors de l’enseignement…quel avenir ? est-ce à la collectivité de créer des postes de profs de “histoire antique (?)” pour occcuper les docteurs de ladite ? Peut être trouveraient ils plus facilement en Angleterre, s’ils acceptent l’entreprise.
22 octobre 2010 à 17:03
Observateur
Réguler l’accès à l’université de façon équitable
C’est une logique qui s’applique déjà dans d’autres pays comme l’Espagne ou l’Italie (du moins en théorie), grâce à un examen d’entrée générale.
Concrètement, il s’agirait de donner un coup d’arrêt aux « usines à chômage », en adaptant les Universités aux lois de l’offre et de la demande sans pour autant les dénaturer, si je puis dire. En somme, l’accès aux différentes filières serait régulé grâce à un « examen d’entrée générale».
C’est ainsi que chaque filière verra sa « note d’accès » être fonction du nombre théorique de postes à pourvoir en fin parcours. Ex : pour les lettres, une note élevée s’imposera puisque le nombre de postes à pourvoir est restreint et le nombre de candidats important. A contrario, en informatique, la note sera théoriquement plus basse (plus de postes, probablement moins d’étudiants qu’en lettres).
Les questions à se poser seraient donc les suivantes : Quels critères retenir pour imposer les quotas par filières (insertion professionnelle à 80%, 90%, 95% et au bout de combien de temps ?). Comment créer cet « examen d’entrée générale » ? Une telle évolution ne se ferait pas sans remous, notamment pour des raisons idéologiques. Mais ne serait-ce pas là un système alliant « équité » et « réussite » ?