Ces derniers temps, on a beaucoup parlé de la démocratisation de l’accès aux formations des grandes écoles. C’est, à mon avis, un débat utile mais qui est fortement biaisé. En effet, l’attention est détournée de l’université qui pourtant joue ou devrait jouer un vrai rôle dans la démocratisation de l’enseignement supérieur. Tentons aujourd’hui d’examiner le rôle des universités dans cette démocratisation, et positionnons ce débat au niveau master afin de permettre quelques comparaisons avec les pratiques des grandes écoles (qui forment à bac+5).

Le pourcentage de boursiers dans les universités s’élève à 26,6 %, si on ne prend en compte que les bourses publiques du CNOUS et si on ne prend pas en compte les IUT (pour lesquels le taux de boursiers est de 41 %). Mais ces 26,6 % sont inégalement répartis entre la licence (32 % – bac+ 3) et le master (18,5 % – bac +5) – données publiées par Le Point, ici, d’après les statistiques du CNOUS.

On peut également étudier le pourcentage d’étudiants dans les formations selon leur origine socioprofessionnelles (voir tableau ci-dessous, pour des étudiants français dans les universités, cursus LMD en 2008-2009 – source « repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche », p 191).

Dans ce tableau on peut voir clairement que l’évolution de poursuite d’étude en master est très variée selon l’origine des étudiants. Afin de mieux mettre en évidence ce phénomène, j’ai tracé l’évolution de chaque catégorie en normalisant le point de départ (la licence) à 1 pour chaque catégorie socioprofessionnelle (figure ci-dessous).

Sur cette figure on peut voir une hiérarchie claire selon l’origine des étudiants. Les enfants de cadres supérieurs ou de professions libérales ont beaucoup plus de probabilités de poursuivre leurs études que les enfants d’ouvriers. On a déjà discuté ce phénomène sur la Gaïa Universitas, plusieurs facteurs interviennent. Mais parmi eux, le niveau de bourse d’étude peu élevé (345 euros sur 12 mois pour l’échelon maximum) est certainement celui qui est déterminant. En effet on peut penser que les familles à revenus modestes ne peuvent pas accompagner leurs enfants pendant une longue durée d’études. Ces derniers, s’ils veulent vraiment poursuivre leurs études, sont souvent obligés de prendre un emploi qu’ils tentent de mener de front, ce qui ne représente pas une configuration des plus idéales.

La démocratisation des formations longues à l’université reste à inventer !

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