Comme on pouvait s’y attendre, la petite polémique sur le pourcentage de boursiers dans les grandes écoles est en train de s’étouffer doucement. En plus de la CGE (conférence des grandes écoles), la CDEFI (Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d’Ingénieurs) vient en renfort pour assurer que les 30 % de boursiers seront atteint très prochainement. De son coté le gouvernement (grand gagnant de l’histoire) maintient son objectif initial et fait gentiment pression, mais on sent que c’est surtout pour la galerie. On découvre par ailleurs qu’il n’y a pas moins de boursiers dans les écoles (Bac+5) que dans les masters à l’université (voir notre précédent billet, ici). Évidemment ça jette un froid, et il faudrait certainement éviter de trop creuser ce dossier.
Mais ce débat a du bon : on a découvert que le parcours d’un étudiant est trop souvent fonction de l’origine sociale des parents. On découvre aussi que c’est difficile pour un étudiant de faire de longues études quand on n’a pas les moyens (la bourse ne suffit pas et pas plus les maigres économies familiales). On découvre enfin que l’inégalité des chances se construit bien avant, durant le secondaire. Ouf, l’enseignement supérieur n’y est pour rien : c’est de la faute à la société et de la politique. C’était donc un faux débat, une polémique mal positionnée. Circulez, y’a rien à voir dans l’enseignement supérieur.


3 commentaires
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13 janvier 2010 à 12:29
Astronaute en transit
À mon avis, Rachel, cette petite storm in a teacup comme disent nos amis d’Outre-Manche va effectivement cèder le pas à la nouvelle polémique pré-électorale du vote des étrangers… Cependant Le Figaro ce matin a demandé leur avis à six patrons de grands groupes français sur cette question. les six sont évidemment eux-mêmes diplômés desdites écoles. Une sur les six est une femme, fille d’immigrés de surcroît. Mais seuls Jacques Attali et Stéphane Richard (France Télécom) se disent favorables (avec réticence, pour Attali) à des quotas de boursiers. On retrouve aussi dans leurs commentaires le même ton que dans l’éditorial d’Alain-Gérard Slama à la page suivante, estimant que les facteurs discriminants naissent d’abord à l’école primaire. Certains reviennent aussi sur la notion de mérite qui est absente des bourses (j’ai même lu que le mot “bourse” lui même provoque de la défiance, d’où une proposition d’y substituer des “prêts d’honneur”.
Il est vrai que ce débat a aussi le grand tort de se focaliser sur une seule catégorie, certes emblématique, de l’enseignement supérieur.
N’aurait-on pas gagné davantage de substance en orientant le débat non sur l’accès à cet enseignement mais plutôt sur ses conséquences, à la sortie? C’est un problème à même de toucher davantage d’étudiants. Parlons du chômage des diplomés, des absences de débouchés, des recalés sans diplôme. Ils constituent un problème social autrement plus grave et là, les responsabilités de l’enseignement supérieur sont très claires.
13 janvier 2010 à 20:45
Rachel
Astronaute, vous avez bien raison de souligner les responsabilités sociales des différentes structures, qu’elles soient de l’enseignement en général ou autre. Il est certain que ces responsabilités dépassent largement le simple cadre de pourcentage de boursiers dans telle ou telle établissement ou type d’établissement. Je pense qu’il est un devoir pour chacune de ces structures de s’interroger sur son rôle social, d’identifier les différentes problèmes et d’engager des actions en conséquence.
Actuellement, et sur le simple sujet des boursiers, ce qui me laisse dubitative c’est que clairement il n’y a pas de responsabilité vraiment bien ciblée ou facile à résoudre, cette responsabilité est avant tout collective, et on sait bien que ce qui appartient à tout le monde n’appartient à personne. De plus ce problème dépasse largement le cadre de l’enseignement supérieur. Donc c’est la faute à l’autre, c’est la faute au système, personne n’est vraiment responsable.
Mais saurons-nous un jour adopter des attitudes responsables, à différents niveaux d’action ? Les initiatives concrètes que je connais sont le plus souvent individuelles ou très limitées en nombre de personnes, comme par exemple un engagement dans des actions associatives ou autres personnes qui se donnent sans compter et sans calculs dans une action d’intérêt commun. A l’inverse, des grosses structures semblent être dans une incapacité de trouver des voies de rénovation sans imposition du politique, ou même incapables d’être dans une démarche d’imaginer qu’une rénovation puisse être envisagée, en dépit des problèmes qui sont clairement pointés. Pire encore, parfois elles montrent des attitudes outragées quand on ose un questionnement ou une petite réforme. C’est le cas par exemple de l’université, soyons plus précis : de certains universitaires qui luttent avec grande virulence contre toutes les réformes structurelles et statutaires, bref pour que rien ne change.
13 janvier 2010 à 21:44
Astronaute en transit
Un individu visionnaire, placé à tel endroit, peut accomplir beaucoup de bien dans son environnement immédiat, mais c’est bien plus difficile de manoeuvrer une lourde machine telle que l’université pour l’amener à adopter un comportement qui tient tout, justement, aux qualités particulières de certaines personnes.