La polémique a enflé très rapidement. Elle concerne les 30 % d’élèves boursiers dans les grandes écoles, objectif fixé par Valérie Pécresse en novembre dernier. En décembre la CGE (conférence des grandes écoles – qui regroupe 210 écoles membres) fait savoir qu’elle « désapprouve, d’une manière générale, la notion de “quotas” ». Implicitement, la CGE nous dit qu’elle ne changera pas ses procédures de recrutement pour atteindre les objectifs de 30 % de boursiers.
Cette question d’égalité des chances pour les étudiants dans l’enseignement supérieur est évidemment un point central. Du fait de sa fragmentation, il est bien connu que le confluent de notre enseignement supérieur est conçu un peu comme une gare de triage : le haut de gamme correspond aux écoles préparatoires ou autres écoles à intégration directe, sinon les autres étudiants font un IUT ou BTS ou bien, s’ils n’ont rien obtenu, vont à l’université. Il est bien connu aussi que ce système est un facteur de ségrégation sociale.
Cette polémique prend un tournant intéressant car elle est l’occasion d’entendre quelques prises de position qui sortent sentiers battus et qui mettent en cause directement notre mode de fonctionnement actuel. Ainsi on a entendu Valérie Pécresse se questionner sur la nature des concours « On peut repenser la nature des concours : trop ciblé sur le scolaire, à l’écrit puis à l’oral, tout sur le savoir, on ne prend pas en compte l’intensité de ces parcours » (France 2, JT 20h, 5 janvier). Richard Descoings fustige « la sacralisation du concours ». « Les concours ne sont pas bons dans l’absolu » et « c’est la diversité des instruments de sélection qui permet d’assurer la diversité des corps étudiants, que ce soit à l’université ou dans les grandes écoles » (sur France Inter, voir également l’article dans Le monde, ici). Le grand patron François Pinault et le consultant Alain Minc ont eu un « haut-le-cœur » suite à la réticence de la CGE. Extrait : « Comment peut-on dans la société contemporaine être aussi réactionnaire ? Comment croire que le niveau des concours doit être intangible afin de fixer à jamais une hiérarchie entre jeunes Français à l’âge de 20 ans ? » (Tribune dans Le Monde, ici). L’UNEF, première organisation étudiante, appelle à « un débat national sur la place et le rôle des grandes écoles dans notre système d’enseignement supérieur ». « La partition historique de l’enseignement supérieur français entre grandes écoles sélectives qui fonctionnent en vase clos et les universités est en elle-même facteur de reproduction sociale. Le temps venu de réformer en profondeur le mode de formation des élites en France». L’Unef demande aussi « à court terme l’intégration des classes préparatoires au sein des universités et juge nécessaire le rapprochement des grandes écoles de l’université ». (ici ; voir également le communiqué ici). Ces prises de position seront-elles suffisantes pour faire bouger notre enseignement supérieur qui est, avouons le, fortement conservateur ? Dans ce débat, on remarque le mutisme des associations nonistes universitaires et des organisations syndicales du supérieur, pourtant toujours très promptes à réagir pour nous offrir des discours vindicatifs ou autres attitudes effarouchés. Il est vrai qu’elles ne se sont pas beaucoup préoccupées de la question étudiante ces derniers temps, les énergies étant fortement mobilisées par des questions corporatistes et de recherche de statu quo au sujet des réformes en cours.
Examinons les pourcentages de boursiers dans les différentes filières. C’est un exercice difficile car selon les sources on a des chiffres différents, selon que l’on prend en compte les bourses publiques ou privés (ou les deux), selon que l’on prend en compte ou non les bourses à taux 0 de V. Pécresse (les boursiers qui ne touchent pas de bourse ( !) mais qui sont exonérés des frais d’inscription). Le magazine Le point a fait une analyse en utilisant les statistiques du Cnous, en prenant donc en compte les bourses publiques et en excluant les bourses des organismes privés (voir ici). Les IUT sont les champions (40,6%), suivi de l’université (26,6%), des classes préparatoires (21,6%), des écoles d’ingénieurs (15,4%) et des écoles de commerce (10,8%). A noter que les élèves des écoles d’ingénieur disposent souvent de bourses d’organismes privés ainsi le chiffre de 15,6% est certainement plus élevé (le ministère affiche 23 % de boursiers).
De ces chiffres il parait évident que la mixité sociale est loin d’être un état de fait. Mais de cette étude du Point, un autre fait ressort très clairement. Si en moyenne il y a 26,6 % de boursiers à l’université, ils sont 32 % en licence (bac+3) mais seulement 18,5 % en master (bac+5). Cela fait dire à Pierre Tapie, président de la CGE « qu’il y a autant de boursiers dans les grandes écoles que dans les masters de l’université » (comparaison pour le même niveau d’étude). Il n’a pas tort.
De ces chiffres on peut donc noter une double tendance : (1) Notre système segmenté, héritage de l’histoire, est une source de ségrégation sociale (2) Les boursiers préfèrent les études courtes. On peut comprendre pourquoi assez facilement (peu de tradition familiale pour les études, difficultés pour les familles d’accompagner leurs enfants sur une longue durée d’étude).
Les concours ne sont donc pas la seule cause des problèmes de démocratisation de l’enseignement supérieur. La durée des études semble tout aussi discriminante. Peut-être faudrait-il reparler du thème du « salaire étudiant » ou bien mettre en place un système de bourse « à la hauteur », ceci pour les étudiants qui s’engagent dans le cycle master ou équivalent ?


30 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
7 janvier 2010 à 10:38
Jojo
Conclusion évidente : la mastérisation de la formation des enseignants va être une source de discrimination sociale. Merci Rachel de confirmer cet argument auquel les nonistes tiennent beaucoup.
7 janvier 2010 à 11:31
Astronaute en transit
Il est dommage d’assimiler des études longues, et qualifiantes, à de la discrimination sociale parce qu’elles sont plus chères. Ceci n’a lieu d’être que parce que l’offre d’assistance financière est inadéquate plus les études s’allongent, ce qui est une tendance d’ensemble pour tous les étudiants. C’est un défi auquel on aurait dû s’attaquer plus tôt en libérant des ressources financières, plutôt que de les bloquer dans le maintien de coûts de fonctionnement exorbitants liés aux structures archaïques d’enseignement supérieur hypercentralisé et soumis à aucune règle de gestion saine. Ici encore, ce sont les étudiants qui ont payé le prix fort des conservatismes de personnels de l’enseignement supérieur.
Il est urgent de repenser un système à l’instar de ceux en existence à l’étranger, qui assure de très nombreuses bourses, prêts et autres aides jusqu’au plus haut niveau d’études, sans cela on nous dira bientôt qu’il faut abolir le doctorat, qui, puisqu’il prend au minimum huit années entières d’études après le bac, doit certainement être le diplôme le plus socialement discriminant de tous.
7 janvier 2010 à 11:50
Astronaute en transit
Il me semble d’ailleurs que l’ascenseur social, pour des boursiers en université ou grandes écoles, fonctionnerait mieux s’ils optaient pour des études longues car ils devraient pouvoir aspirer à des positions plus élevées avec des qualifications plus amples (évidemment s’ils optent pour le service public dans l’espoir de jouir d’un statut protégé ils verront que la contrepartie est évidemment une compression salariale sans grand rapport avec leur qualification, étant donné le nombre de personnes à charge).
Ce qui ferait la différence pour un enfant d’ouvriers ou autres travailleurs modestes, ce n’est pas tant de pouvoir aller en licence avec une bourse et se retrouver comme employé de bureau, mais bien de devenir hautement qualifié (au moins un master professionnel ou un diplôme d’ingénieur)
En fait il y a quelque chose de piquant dans ce débat, comment a-t-on glissé d’un discussion sur le nombre de boursiers dans telle ou telle formation à une polémique sur l’usage du concours comme mode de recrutement. On voit bien que se profile l’éternel bras de fer sur la notion de sélection. Il n’est pas clair à mes yeux si les partisans d’une expansion des bourses, qui doit avoir pour but de réduire la sélection par l’argent, se font de surcroît les avocats d’une sélection par le dossier (qui permet mieux qu’un concours de repérer les étudiants méritant une aide financière). Or il faut bien observer que c’est bien le refus de toute sélection qui anime bien des nonistes. Pour eux, il n’est pas besoin de bourses si l’on a un système qui laisse rentrer tout le monde dans l’enseignement supérieur, à condition que ce soit pour des études courtes pas très chères et relativement peu qualifiantes. Beaucoup militent depuis de nombreuses années pour l’absorption pure et simple des grandes écoles dans l’université, pour la nationalisation de tout enseignement privé, pour l’uniformisation et la centralisation de tout le système. À leurs yeux cela facilitera tout, ce sera égalitaire sur papier, et il suffira que les contribuables paient l’addition. Avantage quantitatif, et relativisation du qualitatif: pas besoin de se demander si l’ascenseur social fonctionne puisqu’on a décidé que l’ascenseur ne doit jamais monter au delà du premier étage.
7 janvier 2010 à 16:06
AubeMort
“d’une sélection par le dossier (qui permet mieux qu’un concours de repérer les étudiants méritant une aide financière). ”
Il me semble que la sélection sur dossier est truffée de pièges : un candidat qui a pas mal voyagé, fait de la voile et du rugby, risque de faire meilleure impression que celui qui a partagé son temps de loisirs entre la bibliothèque municipale et la piscine….
7 janvier 2010 à 17:20
Rachel
Jojo (message 1) : « Conclusion évidente : la mastérisation de la formation des enseignants va être une source de discrimination sociale. »
je compte aborder ce thème dans un prochain billet. C’est effectivement un problème qui me semble très important. Mais franchement, avec des pratiques actuelles (que je tenterai de préciser aussi – je les pense « antisociales » pour la formation des enseignants actuellement), je crois qu’on n’a rien à perdre et assez paradoxalement il devrait être possible de mieux combattre ce fléau. Rediscutons de ce point dans quelques jours.
J’attire votre attention sur le fait que je n’ai jamais milité pour la suppression de rémunération sur la deuxième année d’IUFM (équivalent M2). Je me suis juste étonnée du caractère fort inégalitaire de ce système car les autres étudiants en M2 ne sont pas rémunérés. Il y a là une injustice fragrante.
7 janvier 2010 à 17:38
Astronaute en transit
C’est bien vrai, AubeMort: sélectionner sur dossier requiert de bien savoir ce qu’on va y lire, et comme, culturellement, la sélection sur dossier est plutôt exceptionnelle dans le système éducatif français, il est vrai que le personnel chargé d’effectuer ce tri peut être tenté de le faire sur de mauvais critères, ou disons des critères discriminants. Il faut savoir retenir dans un dossier non pas la valeur de quelques expériences, mais surtout celle des accomplissements: des expériences au travail, un engagement associatif, les appréciations fournies par d’anciens enseignants et employeurs… qui prennent à mes yeux d’autant plus d’importance lorsqu’il s’agit d’un étudiant de moyens modestes. Car on ne va pas forcément attribuer une aide financière à un candidat qui dispose manifestement de moyens, aux dires de son dossier. Enfin, il faut aussi souligner qu’une sélection sur dossier digne de ce nom ne peut se faire que sur la foi du dossier seul: il est essentiel de pouvoir rencontrer le ou la candidat(e) pour juger la personne par rapport à ce dossier.
Le plus grand piège du dossier, c’est bien qu’il soit mal interprété par ceux qui le lisent; c’est bien pourquoi, dans le passé, on a estimé que le hasard d’un concours était plus justifiable que le hasard d’une interprétation de dossier. À y réfléchir, il faut bien admettre qu’il existe une bonne dose de hasard dans l’une ou l’autre voie et des désavantages dans l’une et l’autre. La question qui se pose est de savoir si les concours, conçus à une époque qui précédait celle de la massification, ont su rester de véritables instruments de sélection au mérite (et capables notamment de repérer le mérite des moins favorisés) ou s’ils sont devenus de moyens d’élimination anonyme où le mérite n’apparaît pas clairement?
7 janvier 2010 à 18:09
Rachel
Astronaute, peut-être qu’un problème (parmi d’autres !) est que les bourses sont basées uniquement sur critère social, mais ne prend pas en compte le mérite (à ma connaissance).
Juste quelques autres précisions, entendues mille fois, mais jamais vraiment tranchées tant elles sont douloureuses: Le niveau de bourse le plus élevé donne un niveau moyen de 345 euros (moyenne sur 12 mois). Est-ce qu’on peut vivre avec 345 euros par mois ? Il y a certes d’autres aides pour le logement, les repas qui ne sont pas chers, … mais ça me parait un peu juste. En faisant quelques économies, les familles à revenus modestes peuvent (peut-être) accompagner leur enfants sur des périodes courtes mais plus la durée des études s’allonge, plus c’est difficile. Il me semble qu’on n’a pas de réponses correctes à ces difficultés (sans compter l’allongement global des études observé …).
7 janvier 2010 à 18:09
AubeMort
“Il faut savoir retenir dans un dossier non pas la valeur de quelques expériences, mais surtout celle des accomplissements: des expériences au travail, un engagement associatif, les appréciations fournies par d’anciens enseignants et employeurs…”
Quelle expérience de travail peut bien avoir un jeune de 18-20 ans venant de milieu défavorisé ? Est ce que vendeur chez McDo (non que je dénigre cette expérience) ça met vraiment un dossier en valeur ?
Là encore si les petits boulots sont un critère d’appréciation on peut compter sur les parents cadres ou enseignants pour trouver le job ad hoc…
Les appréciations des enseignants ça avantage les gentils élèves bien dans la ligne, pas ceux justement un peu “hors norme”.
Parmi les élèves de GE que je connais, certains de ceux passés par le concours venaient d’un milieu relativement modeste. Ceux recrutés sur dossier ont été “portés” par des familles connaissant fort bien le milieu universitaire. Cela peut bien sûr ne pas être du tout représentatif de la réalité (?), mais ça fait réfléchir.
De toute façon on mélange plein de choses dans ce débat, les facs de médecine recrutent sur concours (avec prépas privés fort chères), les GE recrutent un quota d’élèves universitaires sur dossier, les doctorats (qui recrutent on ne sait trop comment…) sont sans doute le plus discriminant socialement…
7 janvier 2010 à 18:12
Rachel
AubeMort, il y a certainement des pièges dans la lecture des dossiers, vous avez raison de le souligner. Il y a aussi certainement des règles ou critères de bonne lecture des dossiers, bien qu’on ne puisse jamais garantir une lecture parfaitement juste. V. Pécresse (et d’autres) insiste beaucoup sur la notion de parcours. Ca veut dire implicitement que la lecture d’un dossier est différente si la configuration initiale différente. Je pense que c’est une idée intéressante car il doit permettre, mieux que le concours, de détecter des personnes méritantes socialement défavorisées et de les accompagner au mieux dans leurs projets d’études. Le concours ne permettra jamais un tel effort, car il est basé sur quelques heures de planche, que du scolaire, sur un nombre limité de disciplines (à moins d’utiliser la méthode de R. Descoings.) Le concours c’est notre modèle républicain et de temps en temps il est bon de s’interroger sur la pertinence… est-il encore adapté ?
7 janvier 2010 à 19:37
Astronaute en transit
Là encore, AubeMort, vous pointez un bon problème: chaque personne peut analyser différemment un dossier et juger des expériences. Je sais bien que les jeunes “de milieu défavorisé” auront des expériences de travail qui paraîtront “terre à terre” par rapport aux étudiants de milieux privilégiés. Cependant il n’est pas interdit de penser qu’on peut analyser généreusement une expérience de vendeur de fast food: d’abord, ce métier est contraignant physiquement, demande une disponibilité de longues heures, le sens du relationnel et la rapidité d’intervention. Ce n’est pas un boulot pour les feignants, pour ceux qui ne savent pas tenir un horaire, ne peuvent pas se concentrer sur leur tâche, sont mal soignés de leur personne et ne savent pas travailler au sein d’une équipe. Parlant pour moi, j’aurai toujours de la considération pour des jeunes qui ont pris des petits boulots, et même des boulots manuels: cela montrent qu’ils se sont pris en main et n’ont pas peur de mettre la main à la pâte même si l’emploi en lui-même parait dévalorisant. Il faut savoir reconnaître le mérite et la valeur d’un travail quel qu’il soit, mais c’est aussi la raison pour laquelle un dossier ne peut se limiter à cela: il faut qu’il parle de la personne qu’est le ou la candidate et donne une impression de ce dont ils sont capables, et de ce qu’ils veulent accomplir.
Je suis conscient qu’une évaluation de dossier représente un travail et une responsabilités considérables, et comme je l’ai déjà dit, rien, dans les traditions françaises, n’a vraiment préparé beaucoup d’enseignants du supérieur à accomplir ce travail. De ce fait je pense qu’on tend un peu à s’en remettre au concours par souci de facilité, et du coup, comme le suggère Rachel, on exclut de s’interroger sur les limites évidentes qu’a rencontré le concours ces dernières décennies.
Pour ce qui est des appréciations, je ne suis pas d’accord que seuls des modèles de conformisme en obtiennent. Ce seraient plutôt les auteurs de telles appréciations qui pécheraient par conformisme. Pour ma part, je n’écris pas de lettres de recommandation pour des étudiants qui pensent comme moi ou qui se contentent de me répéter comme des perroquets: je préfère les recommander sur leurs qualités de travail générales, leur soin à leur tâche, ce qu’ils possèdent de maturité et de sens des responsabilités, leur capacité d’écoute. Dans tout cela il y a souvent justement des personnes qui “sortent de la norme”, pour autant que je sache ce qu’est cette fameuse “norme”.
8 janvier 2010 à 11:15
Astronaute en transit
Ce matin, Luc Ferry et Jacques Julliard sont revenus, et avec véhémence, sur cette discussion. Ferry en particulier était plutôt faché contre un certain discours anti-grandes écoles, rappelant qu’après tout elles dispensent une excellente formation et constitueraient un élément clé du “modèle républicain”. Il m’a semblé qu’il faisait écho également à ce que j’ai pu lire cette semaine dans l’Express qui publiait un palmarès des écoles d’ingénieurs, et remarquaient que ces écoles de modèle français sont parmi celles qui sont le plus susceptibles d’être imitées à l’étranger, notamment par ce grand pays émergent qu’est l’Inde.
Nos deux interlocuteurs sont tombés d’accord pour condamner résolument toute politique de quotas. L’un et l’autre insistent que la faible proportion des milieux défavorisés admis dans les concours signent d’abord l’échec des cycles d’éducation précédents, primaire et secondaire. Leurs solutions consisteraient à organiser très tôt des tutorats, et une pédagogie vigoureuse pour inciter les élèves de ces milieux à opter pour des études longues. Ils font aussi observer qu’il faut faire passer le système des bourses d’un critère social à un critère au mérite, ce qui me parait être, au fond, encore un critère social: se posera évidemment la question de savoir d’où proviendra le financement de ces bourses accrues, mais nécessaires.
Ce débat est fort confus car on y trouve de l’insatisfaction partout: insatisfaction avec le concours (c’est socialement discriminant); insatisfaction avec la sélection par dossier (c’est socialement discriminant); insatisfaction avec les bourses (c’est socialement discriminant). bref, tout est discriminant, il n’y a aucun mérite, tout est pré-établi. Et après on se lamente qu’il n’y a plus de “modèle républicain”. D’aucuns suggèrent une table rase; je crains que c’est ce à quoi conduira le statu quo si on le maintient. Introduire quelques changements (mais lesquels? C’est un grave dilemme, concédons le!) pourrait au moins prévenir cette évolution fatidique, mais le travail pour convaincre les sceptiques est proprement énorme…
8 janvier 2010 à 18:48
Rachel
Evidemment on pourra toujours trouver des tas de gens pour glorifier notre fonctionnement actuel de l’enseignement supérieur, et pour se dire que finalement il suffit de former les élites, dans les grandes écoles, le reste n’a pas vraiment d’importance. Cette polémique va retomber comme un soufflé et comme d’habitude on ne changera rien. Mais on aura soigné sa bonne conscience en consacrant quelques minutes à dire un avis souvent condescendant. D’un autre coté, on peut voir que le nonisme n’est pas uniquement universitaire : c’est rassurant (ou inquiétant, je ne sais pas). De plus j’ai entendu Jospin ce matin sur France Info. Il nous a expliqué de la révolution en France, c’est fini, il n’y en aura plus. Même l’option de faire table rase s’envole … alors on fait quoi ? La réforme est impossible ou tellement difficile, la révolution n’est plus dans notre cœur …
Tout cela est très intéressant, et j’invite à continuer la discussion mais je fais quand même remarquer que j’avais tenté de faire dévier la discussion du concours vers la durée des études. Qu’est-ce qui est le plus discriminant actuellement: les concours ou la durée des études ?
9 janvier 2010 à 11:58
Astronaute en transit
Il parait évident que la durée des études pose un problème, disons plus important, que le concours puisque qui dit allongement des études dit financement de ces études. Pourtant je continue de penser qu’il faut éviter de considérer les études longues en elle-mêmes comme mauvaises parce qu’elles sont plus chères que des études courtes. Question de débouchés: si les études longues aboutissent réellement à des types de qualifications avancées nécessaires pour des carrières dans des secteurs dynamiques (je dis bien: qui créent de nombreux emplois et où la demande reste forte), dans ce cas cette durée est un investissement, et si l’on veut permettre à des jeunes défavorisés capables d’accomplir ces études longues, il faut se donner le moyen de les financer, longuement, et solidement, sur l’ensemble du cursus. Ce sera un investissement porteur.
On fera remarquer par ailleurs que certaines études longues ne débouchent pas sur des secteurs aussi porteurs d’emploi, ou les postes sont saturés, et dans ce cas c’est une dépense inutile de poursuivre sur cinq ou six ans; mieux vaudrait financer (moins) des études courtes dont on remarque que beaucoup ont de bons débouchés professionnels: oui, les études courtes professionnalisantes, mais pour la licence, ça se discute. Le fait est que selon les cursus entamés, des études courtes peuvent ne déboucher que sur un niveau de qualification insuffisant pour bien réussir telle profession. À ce moment l’ascenseur social ne joue pas, parce qu’on a voulu le bloquer trop bas.
Nous avons deux problèmes différents: la durée des études peut être discriminante en raison des coûts qu’elles nécessitent, mais ce n’est pas en abolissant les coûts qu’on résoudra entièrement le problème. Les concours représentent un autre dilemme, celui de leur pratique monopolistique pour déterminer un accès de départ à des études hautement qualifiantes. Le concours évacue la question du financement de telles études, mais son côté ultra-déterministe ne satisfait guère les demandes actuelles de diversité et d’égalité des chances, d’autant qu’un déterminisme s’opère déjà dans les préparations à ces concours, qui drainent beaucoup de temps, d’énergie et de dépenses pour une qualification incertaine.
La difficulté est désormais de savoir non pas ce qui est le plus discriminant mais lequel devrait être traité en priorité pour générer des progrès mesurables par rapport aux divers aspects de la discrimination sociale.
9 janvier 2010 à 16:20
Rachel
Les difficultés sont surtout de bien identifier les problèmes afin de se donner une chance de mettre en place des réponses adaptées. C’est une question de moyens mais d’abord de volonté. Clairement il n’y a pas qu’une seule cause à ces discriminations. Seul le concours n’explique pas tout.
Une solution est de dire que ces discriminations se développent bien avant les études supérieures et que donc le débat actuel est un faux débat. Il y a certainement une bonne part de vraie et en plus c’est un argumentaire très pratique car ça évite de remettre en cause notre fonctionnement de l’enseignement supérieur. A quoi bon changer si le mal est fait avant ? Nous ne sommes pas responsables !
9 janvier 2010 à 17:51
Astronaute en transit
Bien d’accord! Nos polémiques se focalisent sur un élément (concours ou études longues jugés discriminants) mais elles ne s’élèvent pas au dessus de la polémique, c’est à dire qu’on ne porte pas le débat jusqu’à son terme, ce qui mènerait, sans doute, au constat que vous rappelez: les origines de discrimination, et de blocage de l’ascenseur social, sont multiples et se développent sur le long terme. Pour s’y attaquer il faudrait mettre en cause un nombre inconfortable de personnes, d’institutions, de pratiques, tout ce que certains des protagonistes de cette polémique essaient justement de dédouaner. Je pense qu’une étape majeure sera franchie lorsqu’on pourra passer du stade ou l’on constate qu’une politique (par exemple celle du gouvernement, actuel ou passé) à fait fausse route pour admettre, plus largement, que la fausse route a été collective, depuis plusieurs années. Ce serait dès lors une correction collective, et non pas limitée à la simple action gouvernementale présente, qui s’imposerait.
9 janvier 2010 à 18:58
AubeMort
“Les concours représentent un autre dilemme, celui de leur pratique monopolistique pour déterminer un accès de départ à des études hautement qualifiantes. Le concours évacue la question du financement de telles études, mais son côté ultra-déterministe ne satisfait guère les demandes actuelles de diversité et d’égalité des chances, d’autant qu’un déterminisme s’opère déjà dans les préparations à ces concours, qui drainent beaucoup de temps, d’énergie et de dépenses pour une qualification incertaine.”
Pour le doctorat, l’accès ne se fait pas par concours mais présente t il plus de diversité sociale dans la pratique ? (si on n’est plus qu’à 18,5 % de boursiers en M2 j’en doute…)
9 janvier 2010 à 23:19
jako
Bonsoir! je n’ai pas entendu ces phrases de Pécresse qui resteront sans doute dans l’histoire de l’Instruction Publique française, et d’après lesquelles le concours serait « trop ciblé sur le scolaire, à l’écrit puis à l’oral, tout sur le savoir”, et qu’il ne prendrait “pas en compte l’intensité de ces parcours”. Elle voudrait quoi? Le tirage au loto? Interroger sur le “savoir”, c’est ça le scandale? Alors quoi? Interroger sur la composition de l’équipe de foot? La démagogie, il y a un moment où ça devient usant; quant au caractère “discriminatoire” du concours, là aussi, faut pas se moquer du monde. Tiens on devrait proposer à M. Pécresse d’aller réformer le permis de conduire; ça oui que c’est un scandale! Même l’instructrice que j’avais en face de moi il y a quelques années avait reconnu que les questions posées étaient au mieux ambigues, voire carrément débiles. Pourquoi n’y a-t-il pas de bourses pour le permis? NB1. Je n’ai jamais réussi aucun concours dans le supérieur, et personne n’a jamais sorti l’ampèremètre pour mesurer “l’intensité” du parcours qui m’a conduit au professorat; NB2. Mes parents ne parlaient pas un mot de français quand ils sont arrivés en France, et ils auraient trouvé parfaitement indécent et humiliant qu’on me concocte une scolarité “light” ou des programmes “discount” au motif que j’étais d’origine immigrée; NB3. Aucune tradition d’études dans ma famille; Je me suis engagé dans les études universitaires par passion pour la philosophie; si j’avais voulu me “professionnaliser” au plus tôt, j’aurais fait un CAP de serrurerie-métallerie, et mon salaire serait infiniment plus élevé que celui qui est le mien aujourd’hui. NB4. Une petite phrase d’un penseur que j’adore: “Regardez autour de vous: partout des larves qui prêchent; Tous s’efforcent de remédier à la vie de tous: les trottoirs du monde et les hôpitaux débordent de réformateurs. L’envie de devenir source d’évènements agit sur chacun comme un désordre mental, ou comme une malédiction voulue… La société, un enfer de sauveurs…”
9 janvier 2010 à 23:56
Rachel
AubeMort, le concours n’est pas la seule cause de discrimination sociale. J’ai tenté d’expliquer que les études longues en sont aussi. Le différentiel de boursiers le montre bien, entre la licence (32 %) et le master (18,5 %) (bourses publiques). Donc il n’y pas plus de diversité sociale dans les masters que dans les écoles. Pour le doctorat je dirais que le problème est un peu différent car le doctorat est financé (au moins en science dure …).
9 janvier 2010 à 23:56
Rachel
Oui, Jako c’est ça le problème. Savoir réciter du Savoir ne sert à rien.
10 janvier 2010 à 01:55
Astronaute en transit
Il parait que parce que j’ai autrefois réussi un concours, ça n’était qu’à cause des privilèges de ma classe sociale. Il parait que parce que j’ai été admis à un doctorat, c’est (tiens! là aussi?) à cause des privilèges de ma classe sociale.
Je ne sais pas quoi penser entre les dogmes des “républicains” et des “progressistes”.
10 janvier 2010 à 22:45
Rachel
C’est qui les progressistes ? Qu’est-ce qu’il y a de républicain de ne jurer que par le concours ?
17 janvier 2010 à 17:51
Kent
“Qu’est-ce qu’il y a de républicain de ne jurer que par le concours ?”
Il y a là au moins une légitimité historique. C’est Colbert qui a inauguré le concours pour le recrutement des officiers d’artillerie. Les fils de la noblesse étaient trop dangereux ! Mais c’est la Révolution qui a instauré le principe du concours, contre la naissance, pour pourvoir aux fonctions publiques (Cf. La déclaration des droit de l’homme et du citoyen, art. 6). C’est la République, de la Révolution à la Résitance qui a généralisé ce principe contre l’héritage du nom ou de la fortune. L’histoire des grandes écoles est étroitement liée à l’histoire des concours. Imposer un quota, qu’il soit de riches ou de pauvres, c’est détruire les concours, donc les grandes écoles. En prônant le principe d’un quota, Richard Descoings savait très bien ce qu’il faisait. Il essaie de travestir la discrimination positive en “principe républicain”. Il y faut beaucoup de mauvaise foi, ce dont il ne manque pas, ayant proclamé que les grandes écoles étaient anti-pauvres, alors qu’elles n’étaient qu’anti-quotas. Comme beaucoup d’autres, Minc et Pinault n’ont pas réagi aux propos de la CGE, mais aux interprétations diffamatoires qu’en donnait Descoings.
Un détail : François Pinault n’est pas énarque. Il n’est pas diplômé du supérieur, c’est un héritier qui a su bien faire fructifier son héritage.
17 janvier 2010 à 23:25
Rachel
Merci pour vos explications claires. Mais de l’eau à coulé depuis la révolution …
Je ne juge pas votre interprétation sur le sens caché des propos de Minc et Pinault. Mais leur tribune du Monde commence par: “Nous avons eu, l’un et l’autre, un haut-le-cœur en lisant la déclaration de la Conférence des grandes écoles sur les 30 % de boursiers.” Pour François Pinault (qui n’est pas énarque), j’ai corrigé mon texte, merci.
18 janvier 2010 à 14:05
Kent
De l’eau a coulé certes, mais c’est un peu court comme argument. Les principes de la démocratie sont-ils biodégradables ?
Quant aux propos de Minc et Pinault, j’ai été surpris que vous les utilisiez. S’agit-il selon vous d’autorités morales ?
Je n’ai pas du tout cherché à donner un “sens caché” à leurs position, qui est celle que vous citez. J’ai seulement essayé d’expliquer qu’ils n’ont pas réagi au texte de la CGE (qui n’était pas public) mais à l’interprétation calomnieuse qui en avait été donnée par Richard Descoings dans le Monde et sur plusieurs radios. La CGE avait écrit : oui à l’objectif de 30% de boursiers, non à des quotas obligatoires. Richard Descoings a transformé ça en : la CGE est contre les pauvres. Et de multiple acteurs ont réagit à ces propos, sans vérifier à la source. Il est clair que Richard Descoings est bien meilleur en communication que la CGE. Mais cela transforme-t-il ses mensonges en vérités ?
18 janvier 2010 à 15:30
Rachel
J’espère bien que les principes de la démocratie ne sont pas biodégradables ! mais force est de constater que la société d’aujourd’hui et celle d’il y a 200 ans ne sont pas tout à fait identiques. La république n’est pas restée dans l’inaction : elle a réformé ses services et ses structures quand le besoin s’en faisait ressentir. Mais de toute façon je ne vois pas trop le rapport entre les concours de la république et la démocratie.
Je ne considère pas Minc et Pinault comme des autorités morales (vous me posez la question …). Mon billet avait le simple objectif de faire ressortir quelques réactions (sans volonté d’exhaustivité, des centaines de tribunes ont été publiées sur la question) qui me paraissaient originales, voire inattendues. J’ai jugé que celle lue dans la tribune du Monde était de cette catégorie, mais j’accepte volontiers une autre interprétation. Simplement, après une nouvelle relecture de cette tribune, je ne parviens pas à saisir pleinement votre interprétation, qui était que Minc et Pinault n’ont pas réagi au texte de la CGE mais à l’interprétation de Richard Descoings. A la date de publication de cette tribune, le texte de la CGE était public. Je mets le texte de la tribune ci-dessous, publiée par le Monde, peut-être pourrez-vous nous fournir une explication plus ciblée sur le passage qui concerne Richard Descoings.
Boursiers : la réticence des grandes écoles est indigne !, par Alain Minc et François Pinault
Nous avons eu, l’un et l’autre, un haut-le-cœur en lisant la déclaration de la Conférence des grandes écoles sur les 30 % de boursiers. Que deux individus aussi différents – indépendamment de l’amitié qui nous lie – réagissent ainsi est peut-être révélateur !
Autodidacte et major de l’ENA, entrepreneur et intellectuel, capitaliste et technocrate – ce que nous sommes –, nous avons eu le même réflexe d’indignation. Comment peut-on dans la société contemporaine être aussi réactionnaire ? Comment croire que le niveau des concours doit être intangible afin de fixer à jamais une hiérarchie entre jeunes Français à l’âge de 20 ans ?
PROMOTION SOCIALE
Comment ne pas comprendre que l’équilibre de la société passe par le rétablissement de la promotion sociale et qu’à cette aune-là le respect absolu des modes de recrutement traditionnels est suicidaire ?
Quelle bonne conscience aveugle-t-elle les patrons de grandes écoles au point de leur faire croire que le système actuel de recrutement est la garantie absolue, pour la France, de disposer des meilleures élites ?
Nous ne nions naturellement pas la réussite, pendant des décennies, d’un mode de sélection qui a fourni à l’économie française des gestionnaires et des ingénieurs d’un excellent niveau international. Mais, parce que justement ce système est solide et efficace, il n’est pas menacé par une inflexion à la marge.
Qui peut imaginer que le rayonnement de l’Ecole polytechnique ou d’HEC disparaîtra parce que le recrutement aura été légèrement transformé à des fins de promotion sociale ? Ceux qui ont, en toute sérénité, signé ce manifeste méconnaissent le grondement qui vient du fond de la société. Ils ne mesurent ni les urgences ni les priorités du moment.
Ils pourraient au moins faire leur, à défaut d’une réaction plus ouverte, la philosophie du prince de Lampedusa : “Il faut que tout change pour que tout reste pareil.”
Mais s’ils acceptaient d’aller plus loin et de mettre leur incontestable intelligence au service d’un minimum de changement social, ils penseraient qu’il faut qu’un peu change afin que tout change vraiment.
18 janvier 2010 à 17:05
Kent
Chère Rachel,
Les principes sont ce qui persiste quand “les services et les structures” changent. Et j’ai peur de ne pas avoir le temps et l’espace ici pour perfectionner l’éducation civique de quelqu’un qui écrit “je ne vois pas trop le rapport entre les concours de la république et la démocratie”. Je n’en suis pas remis.
Quand à Minc et Pinault, les citer in extenso ne change rien. Je ne fais que répéter que le texte de la CGE, qu’ils prétendent avoir lu, n’était pas public quand ils ont donné leur tribune au Monde. Juste une question : ce texte, l’avez-vous lu ? Où est-il publié ? Seriez-vous capable d’en trouver une version publiée avant la tribune de Minc et Pinault ?
Cela ne vous trouble-t-il pas qu’en 24 heures paraisse :
- l’article de Descoings dans le Monde et quatre interviews de lui sur les radios et la télévision, sans compter cinq posts sur son blog et autant sur Twitter et Facebook.
- une interview télévisée de Luc Chatel, expliquant que les quotas “sont la seule solution”
- une de Yasid Sebag, menaçant les GE de représailles financières si elles n’obtempéraient pas
- des prises de position dans le même sens de l’UNEF et du Cran (Conseil représentatif des associations noires).
- Puis la tribune de Minc et Pinault.
Er je n’ai pas tout identifié.
Tous les membres de cette étrange coalition dénonçant dans les mêmes termes le caractère “réactionnaire” des grandes écoles qui refusent les boursiers sur l’argument que les pauvres feraient baisser le niveau.
J’apprécie beaucoup votre blog, mais je suis surpris de votre naïveté face à des manoeuvres de lobbying, que vous analysez comme des prises de position “originales, voire inattendues”. Ne vous méprenez pas. Je ne suis pas un obsédé de la “théorie du complot”, juste un spécialiste de ce genre de sujet, qui sait reconnaître une offensive médiatique, quand il y en a une.
Bien cordialement.
18 janvier 2010 à 18:44
Rachel
Oh alors si vous êtes un grand spécialiste des offensives médiatiques, alors je m’incline. Je n’avais nulle intention de mettre à jour un complot médiatique et mon propos était uniquement de parler de la tribune de Minc et Pinault dont le contenu ne me paraissait pas couler de source de la part de ces personnes. Mais comme je l’indiquais dans mon commentaire précédent, je suis ouverte aux autres interprétations car je peux me méprendre sur les personnes et leurs intentions. Je suis certainement un peu lourde d’insister mais je ne vois aucune allusion d’une réaction « à l’interprétation calomnieuse qui en avait été donnée par Richard Descoings dans le Monde et sur plusieurs radios ». J’espérais qu’en précisant le texte de la tribune vous alliez m’en faire une petite lecture commentée et critique (du genre : regardez, Rachel, à la troisième ligne, c’est là qu’est le message qu’il faut retenir et qui montre que vous n’avez rien de rien compris à cette tribune).
Kent, si vous me suivez depuis longtemps alors vous savez que je suis bien naïve et désuète. Par exemple je suis universitaire et pourtant je suis favorable à la LRU : bref une extraterrestre. Ceci dit, on a eu parfois l’occasion de se croiser sur d’autres blog et j’ai bien remarqué que vous êtes un fervent défenseur des grandes écoles. Ainsi votre intervention, pour défendre la CGE et la mise à jour de l’infâme complot contre elle, me m’étonne pas plus que ça.
Dommage que vous n’ayez pas le temps de perfectionner mon éducation civique. Par exemple j’aurais bien aimé savoir si les concours sont inscrits dans la constitution ou dans les principes de la souveraineté nationale. C’est vrai que ma culture sur le sujet est assez limitée et je ne vois pas de relation directe entre les concours et la démocratie. Je connais plein de républiques et démocraties qui ne fonctionnent pas selon ce principe des concours. Est-ce que c’est mal ? Si oui, il faudrait les prévenir et exporter notre modèle républicain des concours.
18 janvier 2010 à 20:25
Kent
Si vous ironisez pour me disqualifier, je crois qu’il faut arrêter là. Je ne suis pas faché, mais déçu.
Croyez-vous que Minc et Pinault ont écrit, même entre les lignes, “nous roulons pour Descoings et Luc Chatel” ? Ridicule. Et vous ne répondez pas à mes questions sur le texte de la CGE.
Je n’accepte pas non plus d’être disqualifié parce que je serais un “fervent défenseur des grandes écoles”. Ce que je ne suis pas. Certains de mes anciens collègues en GE s’étrangleraient de fureur de me voir qualifié comme tel. Il se fait que j’ai partagé ma carrière entre des grandes écoles et des universités, françaises (mais aussi étrangères) et je ne trouve rien de plus lamentable que les guerres de tranchées entre les deux systèmes, qui ont leurs bons et leurs mauvais représentants (individus comme institutions). Je ne défend pas les GE, je défend l’honnêteté intellectuelle. Et elle est mise à mal de part et d’autre. Généralement par des gens qui ne connaissent rien de l’autre bord. Par exemple, en matière d’honnêteté intellectuelle et d’éthique universitaire, je vous conseille d’aller lire le post “ils ont la tête dure” sur le blog de Gilbert Béréziat.
Quand aux concours et leur rapport à la démocratie, je parlais, ne l’oubliez pas, de la tradition française. Croyez-vous que j’ignore que d’autre démocraties ne pratiquent pas le concours “à la française”, même si cela existe, sous d’autres forme que chez nous, dans de nombreux pays. Là, je suis désolé d’insister, mais vous ne pouvez ignorer que tout le système français de la fonction publique, auquel vous appartenez, repose sur ce principe. Qui a été, et est encore vu comme une grande conquête démocratique. Et, quoique vous en pensiez, ce principe appartient au “bloc constitutionnel” qui régit la jurisprudence du Conseil Constitutionnel et du Conseil d’Etat. On ne se méfie jamais assez du droit.
Moi aussi je suis pour la LRU. Est-ce que ça vaut un brevet d’extra-terrestre ?
18 janvier 2010 à 21:47
Rachel
Kent, ne prenez pas la mouche, vous savez que j’aime chatouiller mes contradicteurs. D’ailleurs si vous n’êtes même pas fâché, ce n’est même plus drôle. Mais si vous n’aimez pas être disqualifié, vous comprendrez alors aisément qu’il peut en être de même pour moi. Votre intervention suggère fortement que je n’aurais rien compris à cette polémique trouble avec des enjeux qui me dépasseraient, que je n’y connais rien en termes de principes de la république, que mon éducation civique laisserait à désirer, et que je ne comprends pas le lien tellement évident entre les concours de la république et la démocratie. Et j’en passe. Je peux avouer qu’à la longue ça m’a un peu énervé. Mais je vous propose de faire la paix.
Pour votre question sur le texte de la CGE, je me base sur un article du monde du 4 janvier qui résume le texte de la CGE. Cet article est cité par la tribune de Minc et Pinault qui est datée du 6 janvier. On peut donc penser que le texte de la CGE circulait, au moins à partir du 4 janvier, c’était donc antérieur à la tribune de Minc et Pinault (certes vous pouvez me reprocher de ne pas fournir de preuve – je n’ai pas lu le texte de la CGE et j’ai construit ma chronique en lisant les très nombreux articles publiés à partir du 4 janvier). Dans quelle mesure pouvez-vous affirmer que Minc et Pinault n’ont pas lu le texte de la CGE alors que ce thème a généré des centaines d’articles un peu partout sur la toile et dans les journaux, ceci avant la publication de leur tribune ? S’il y a effectivement complot contre la CGE, en plus des acteurs que vous avez cité, vus pouvez aussi inclure la quasi-totalité des médias. Ce qui ne veut pas dire que vous avez tort, bien entendu.
Je vois bien que le système français de la fonction publique repose sur les concours, je suis bien placée pour le savoir. Je ne suis pas « anti-concours », je me pose simplement quelques questions sur certains de ces concours. Objectivement il m’est difficile de dire ce qui serait le mieux : concours ou dossier, les deux présentent des avantages et des inconvénients. Mais il y a un certain danger de trop glorifier notre système et de ne jamais se questionner sur son adéquation avec les objectifs voulus (qui sont de recruter des personnes compétentes pour occuper des postes dans la fonction publiques). Peut-être un jour notre société évoluera encore et certains concours seront complètement inadaptés : je ne voudrais pas qu’on en arrive là et qu’on se dise « ben c’est vrai mais on n’y peut rien, c’est la tradition, c’est un concours républicain, on ne peut rien faire pour le supprimer ou le faire évoluer ». Ce que je ressens actuellement c’est une très grande rigidité du système, avec des acteurs qui se recroquevillent sur leurs acquis, leur périmètre d’action ou de pouvoir : protéger l’acquis est la priorité, ou privilégier la revendication prudentielle plutôt que d’oser la voie de la réforme et de l’espoir que l’on peut mettre dans la construction d’un projet collectif en vue d’amélioration d’un système (comme ça devrait être le cas pour les universités, qui avouons le, auraient tout intérêt à oser la voie de la réforme : rien à perdre et tout à gagner).
18 janvier 2010 à 22:35
Kent
Merci de cette réponse sympathique. Je suis aussi partisan de faire la paix. Les échanges sur internet ratent parfois les nuances. Il nous manque le visuel, le ton de la voix, etc.
Sur l’affaire des boursiers je reste sur ma conviction, qui repose en partie sur des informations dont je ne peux pas faire état ici.
Je suis en gros d’accord sur vos autres commentaires ci-dessus. Les concours ne sont ni un absolu, ni un instrument intangible. Mais vouloir les faire évoluer par des quotas est la plus absurde des solutions.
Le plus stupide dans cette polémique est d’oublier que même en rendant “représentatifs” de la population les 6% d’étudiants qui sont en GE, on n’apporte pas une solution au besoin de démocratiser l’accès aux fonctions supérieures, qui passe par l’université et par une réforme de l’école.
A bientôt.