Aujourd’hui c’est la séance plénière de la CPU (conférence des présidents d’universités – les fameux nouveaux dictateurs). Nul doute que le grand emprunt et les arbitrages récents du gouvernement seront abordés au cours de cette séance. On attend avec intérêt la réaction qui ne manquera pas d’être publiée. On rappelle que l’arbitrage du gouvernement conduit à donner 19 milliards d’euros pour l’enseignement supérieur et la recherche. Seules dix universités pourront en bénéficier à hauteur d’un peu moins d’un milliard d’euros chacune (dotation en capitale). Cet argent sera placé sur les marchés financiers, ce qui génèrera des intérêts qui seront alors utilisables (disons 30 à 40 millions d’euros par an et par université).
En attendant les réactions de la CPU, on peut patienter en relisant la lettre du 10 décembre dernier à propos du rapport Juppé-Rocard « Comment transformer et structurer le système français d’Enseignement Supérieur et de Recherche ? ».
Extrait 1 : « Transformer et structurer le système français d’Enseignement Supérieur et de Recherche est désormais un objectif national partagé. La bonne manière d’y parvenir est en revanche un objet de débat permanent, en fonction de la cible que chacun donne à cette transformation. »
Par ce premier extrait, qui constitue d’introduction de la lette, on mesure bien toute la prudence de la CPU. Elle doit ménager ses troupes car il y a plusieurs approches ou façons d’envisager l’avenir : ne rien changer (position des nonistes) ou bien au contraire réformer profondément le système avec multitudes de possibilités plus ou moins accessibles ou réalistes.
Extrait 2 : « Les moyens dédiés à cette perspective sont considérables au regard de l’enveloppe globale du Grand Emprunt, ainsi que du budget actuel de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ces moyens sont à la hauteur des enjeux de la société de la connaissance que nous construisons tous ensemble et des besoins qui doivent être mobilisés pour y parvenir. »
Le rapport Juppé-Rocard recommandait 16 milliards d’euros pour la recherche et l’enseignement supérieur, les arbitrages du gouvernement ont rehaussé ce chiffre à 19 milliards d’euros. Mais surtout ils ont confirmé l’université (ou les pôles universitaires) comme la grande priorité nationale, ce qui ne me paraissait pas très évident à la lecture du rapport Juppé-Rocard (voir mon billet « L’université devra faire ses preuves »).
Extrait 3 : « Les différentes actions proposées, et notamment celles consacrées à l’enseignement supérieur et à la recherche, sont présentées comme devant induire de profondes transformations dans les structures, dans leur gouvernance, et dans leurs capacités et leurs niveaux de performance. »
C’est confirmé et amplifié par les arbitrages du gouvernement : ça sera dix universités, et chacune pour un peu moins de un milliard d’euros. Il est très clair que l’on va être bientôt invité à des mariages (la plupart forcés !) et que cela induira de profondes modifications.
Extrait 4 : « Mais, si l’on souhaite atteindre l’objectif de 50% d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur, ce grand emprunt devra aussi assurer la transformation et la structuration à long terme de tout le réseau des établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche, et pas seulement d’une dizaine de sites. »
Au contraire, les arbitrages du gouvernement confirment l’investissement sur une dizaine de sites, et non sur l’ensemble du réseau des établissements …
Extrait 5 : « C’est pourquoi nous préconisons une stratégie qui se fonde clairement sur la complémentarité entre deux « cibles » à atteindre à moyen et à long terme […] La première logique est celle de l’excellence dans tous les domaines et pour toutes les missions, sur un petit nombre de sites à périmètre restreint, pour des tailles critiques élevées, et en vue d’une compétitivité effective dans les têtes de séries des classements mondiaux. La seconde logique est celle de l’excellence par spécialisation fonctionnelle ou thématique des universités ou des groupements d’établissements, sans considération de masse critique ou de site restreint. »
Cette double structuration n’est pas envisagée par le gouvernement. Mais on peut penser aussi que les universités auront encore un peu d’autonomie et pourront monter des projets qui aillent dans ce sens.
Extrait 6 : je le résume. Le rapport Juppé-Rocard préconisait deux actions séparées pour (1) un nombre réduit de groupements d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche en institutions de dimension et de réputation mondiales (2) Développer quelques « campus d’innovation » technologique, organisés sur un site unique autour d’instituts de recherche technologique de dimension mondiale. Les arbitrages du gouvernement n’ont pas retenu cette double structuration. La CPU voulait également la fusion de ces deux actions: c’est fait.
Mais tout ça c’était le 10 décembre, c’est déjà obsolète… attendons la lettre ou le communiqué qui sortira de la séance plénière d’aujourd’hui. Suspens !


9 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
17 décembre 2009 à 13:42
Jojo
Sur l’extrait 4, la note de Nicolas Holzschuch et le commentaire numéro 2 associé me semblent très parlants :
http://n.holzschuch.free.fr/dotclear/index.php?2009/12/09/227-une-mesure-de-la-qualite-des-universites-2
17 décembre 2009 à 16:34
Rachel
Je ne sais pas s’il faut élargir la base (ou l’écart type) de la gaussienne présentée dans le lien cité, je n’en vois pas trop bien l’intérêt (mais je peux avoir loupé un élément …). J’aurais plutôt envie de dire qu’un objectif général devrait être plutôt de décaler la courbe vers la droite, non ?
17 décembre 2009 à 16:55
Astronaute en transit
Il est curieux de s’imaginer la scène à la CPU… Une dizaine de présidents “contents et souriants”, et les 75 et quelques autres faisant la moue.
À défaut, ils pourront se retrouver en égalité lors d’un concours du plus beau bonhomme de neige.
17 décembre 2009 à 17:31
Rachel
Oui, Astronaute. J’avais un peu cette image là quand l’idée de ce billet m’est venue, mais je ne suis pas parvenue à l’exprimer. La journée de la CPU était certainement très particulière.
Mais quand on dit 10 présidents (pour les 10 universités), je pense qu’en réalité c’est beaucoup plus, car il devrait y avoir des fusions qui se feront pour la construction de ses gros pôles universitaires (exemple Marseille, Montpellier, Toulouse, …). Ce ferait quoi, une petite trentaire ?
17 décembre 2009 à 17:50
Jojo
Rachel, ce n’est pas une question d’intérêt ou d’objectif à choisir. L’observation semble montrer que pour avoir des établissements placés très hauts, il faut avoir un continuum en dessous.
17 décembre 2009 à 19:06
Rachel
C’est parfois utile d’avoir des objectifs.
Mais pour revenir aux courbes, je ne vois pas de différences très marquées d’écart type (sauf pour les US ?), ce qui sous entendrait que le système choisi n’est pas primordial (au moins sur la forme des courbes) ? Je suis d’accord pour le continuum. Je pense que dans l’esprit l’objectif est de faire des entités très visibles par les regroupements et des entités d’excellence. Mais chaque structure aura des dizaines de milliers d’étudiants et des milliers de chercheurs et enseignants chercheurs. Je doute que l’objectif soit que tout se monde accède à “l’excellence”.
17 décembre 2009 à 19:10
Rachel
C’est curieux, sur le site de la CPU il n’y a rien sur le grand emprunt. Apparemment ils ont discuté de l’AERES, de la mastérisation et sur le numérique. Peut-être ils n’ont pas été en mesure de pondre un document consensuel ? Bon, mon billet d’aujourd’hui est vraiment un bide …
17 décembre 2009 à 23:38
Astronaute en transit
En fait, Rachel, ils ont peut-être simplement eu, comme les négociateurs à Copenhague, des difficultés pour aboutir au plus petit dénominateur commun?
23 décembre 2009 à 17:03
Rachel
La CPU a finalement publié une lettre le 21 décembre, au sujet de ce grand emprunt. On peut la lire ici : http://www.cpu.fr/Lettre_du_21_decembre_2009_n.951.0.html