Il y a peu nous avons pu avoir des échos de la violence qui se déchaîne dans les universités d’un pays en guerre, l’Irak (ici). Dans un pays en paix (?), la Grèce, on assiste depuis peu dans les universités à un déchaînement de violence assez sidérant, comme en témoignait hier l‘International Herald Tribune (ici).

Cette semaine, des heurts violents ont marqué le premier anniversaire d’émeutes qui, l’an dernier, avaient créé un fort malaise en Europe. Suite au meurtre d’un adolescent par un policier, les villes grecques avaient connu un extraordinaire déchainement de violence de la part de la jeunesse. Quelques mois plus tard, des élections anticipées ont abouti à la défaite du gouvernement conservateur, remplacé aujourd’hui par les socialistes du PASOK. La caractéristique des émeutes de jeunes Grecs est le rôle que jouent les universités. Celles ci bénéficient d’une loi adoptée en 1982 interdisant aux forces de l’ordre de pénétrer dans les établissements d’enseignement supérieur. La Grèce est le seul pays de l’Union Européenne à disposer d’une législation aussi stricte, qui peut rappeler les droits historiques d’extraterritorialité dont jouissaient, par exemple, les universités médiévales. Cette législation est due à l’une des heures sombres du pays sous la dictature des Colonels, puisque le 17 novembre 1973, c’est avec l’appui des chars que l’armée grecque a donné l’assaut à l’Université Nationale Technique d’Athènes, ou Polytechnion, y massacrant des étudiants qui avaient manifesté contre la junte. Pendant de nombreuses décennies suivantes, 17 Novembre était le nom d’une organisation terroriste d’extrême gauche, démantelée seulement au début des années 2000 mais dont on soupçonne qu’elle aurait été reconstituée sous d’autres appellations depuis les émeutes de l’an dernier.

Pendant ces dernières, les manifestants, n’étant souvent eux-mêmes pas étudiants, occupaient tranquillement les campus, d’où ils planifiaient leurs prochains coups de main. C’est ainsi qu’on préparait les cocktails Molotov en toute impunité dans les locaux de l’Université, laquelle était aussi envahie de squatteurs. Le même phénomène se reproduit aujourd’hui, mais les autorités universitaires en ont assez. Pour avoir tenté de rappeler à l’ordre les occupants, les recteurs des universités à Athènes et à Thessalonique ont été attaqués par des bandes de jeunes armés de pieds de biche et autres barres de fer. Le recteur d’Athènes a, pendant l’attaque, fait une crise cardiaque et s’est retrouvé en soins intensifs. Celui de Thessalonique a été laissé pour mort dans la cour. Des professeurs ont par ailleurs été agressés et écharpés par des manifestants qui voulaient occuper leurs salles de classe pendant le cours.

Les universités se veulent des Temples du Savoir, et qu’elles bénéficient d’immunités juridiques présente certainement des utilités, mais face à des mouvements violents elles paraissent bien désarmées. On se souviendra du saccage de la Sorbonne en 2006 pendant le mouvement contre le Contrat Première Embauche. Ces agressions en Grèce font froid dans le dos. Certains juristes grecs étudient la question, non pas d’une abrogation de la loi, mais de son amendement, ce qui permettrait au moins aux forces de l’ordre d’intervenir dans des cas de violence sur les campus et de vandalisme des locaux (il faut préciser qu’à Athènes, le matériel disparait ou est dégradé en toute impunité malgré le caractère historique des lieux… un peu comme attaquer le Parthénon au burin pour en emmener un morceau en souvenir, comme Lord Elgin!).

La Grèce, on l’a rappelé cette semaine, est dans une situation financière dramatique qui en fait un cas spécifique dans la zone euro (l’Italie et l’Irlande n’en mènent pas large non plus). pour retrouver la confiance et relancer l’économie, le gouvernement doit pouvoir compter sur une certaine sérénité sociale qui pour l’instant fait défaut, d’autant plus si les campus universitaires servent de refuge à des groupes déterminés à déstabiliser l’État. Nous verrons bien ce qui sera décidé…

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