J’ai toujours milité sur ce blog pour une université du service public. Je la rêve forte, fière, pleine de projets, maître de son destin, rayonnante … bref tout le contraire ce qu’elle montre aujourd’hui. Pourtant les opportunités ne manquent pas, bien au contraire, mais elle refuse de les saisir. Je me désole chaque jour de cette maladie qui la ronge et qui s’appelle le nonisme. Je ne parviens pas à entrevoir une petite lueur d’espoir et chaque jour apporte son lot de désolation.
Aujourd’hui, journal Le Monde publie un texte intitulé « l’Etat s’apprête à contractualiser avec des établissements privés du supérieur ». Cet article nous rappelle que l’Etat finance déjà l’enseignement supérieur privé et nous apprend que désormais il pourrait également financer la recherche de ces établissements (ce qu’il ne faisait pas auparavant). Cela devrait se traduire par la signature de contrats qui correspondraient à une augmentation de 7.2 % par rapport à l’année 2009.
Tout ça me fatigue et me déprime. Je me dis que c’est finalement assez logique. A quoi bon financer une université publique qui refuse d’avancer et qui conteste le moindre projet ? Mais franchement, tout ça ne va pas dans le bon sens. L’agonie de l’université publique est-elle avancée au point qu’elle n’ait plus la force d’un sursaut d’orgueil ?


7 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
13 décembre 2009 à 10:36
Irnerius
Bonjour
votre chronique est référencée et commentée sur le Blog “Histoires d’universités” dans “Revue de blogs n°6″
http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/12/13/revue-de-blogs-n%c2%b06/
Cordialement
13 décembre 2009 à 16:32
Astronaute en transit
Rachel, encore faudrait-il que cette décision de financement d’établissements privés représente vraiment une démarche de deshabiller Pierre pour habiller Paul. En l’occurrence, on pourrait aussi interpréter cette politique en tant que manifestation du soutien de l’État à l’enseignement supérieur dans toute sa diversité. Les établissements en question ne sont pas toujours en concurrence directe avec l’enseignement des universités publiques et peuvent offrir des formations spécifiques. Elles sont privées, et donc il est logique que les étudiants y paient des frais plus élevés que dans le public mais il peut aussi être de l’intérêt de l’État à aider ces établissements à contenir une hausse trop élevée de ces frais.
Vous touchez pourtant à un point important: une université publique de qualité peut compter sur cette qualité pour attirer non seulement les meilleurs enseignants et chercheurs et meilleurs étudiants, désormais, elle se place aussi en bonne ligne pour se voir récompenser financièrement par l’État pour ses efforts. Il faudrait que ce raisonnement soit intégrés par les membres de cette université publique, à savoir qu’ils doivent eux-même se faire les avocats de leur cause en montrant qu’ils sont capables d’excellence.
13 décembre 2009 à 21:56
Rachel
Astronaute, certes vous avez raison de souligner que cela n’implique pas forcement un désengagement auprès des universités publiques, mais j’y vois un signe ou un symbole qui est malvenu (ou qui ne me fait pas plaisir, pour dire les choses plus justement). Ce que je peux voir c’est que les universités privées ont le vent en poupe (augmentation du nombre d’étudiants qui souhaitent s’y inscrire – malgré le prix), alors que c’est le contraire pour les universités publiques (diminution régulière et très inquiétante du nombre d’étudiants – malgré la gratuité des études). Cela ne semble pas logique, et montre bien qu’on a un problème majeur avec le service publique de l’enseignement supérieur universitaire (pour le premier cycle). Mais ça, tout le monde le sait, inutile de tourner autour du pot. D’ailleurs quand je remplacerai V. Pécresse fin mars prochain, voici la première mesure que je prendrai : je coupe tous les crédits pour les formations universitaires de premiers cycles. Je donne deux mois aux universitaires pour bâtir des projets cohérents, structurants et synergiques. Ensuite j’abonde de mes largesses les bons projets. Ainsi je rebâtis le socle de base de l’université. Ca fait un peu « marche ou crève » mais de toute façon on est déjà presque mort, alors ceux qui ne veulent plus avancer, je les achève … rien à perdre, tout à gagner.
13 décembre 2009 à 23:32
Astronaute en transit
Vous allez voir, Rachel, avec vous aux commandes, ils vont regretter “Dame Pécresse”!
14 décembre 2009 à 00:08
Rachel
Oh oui, Astronaute, je les entends déjà descendre dans la rue pour réclamer son retour !
14 décembre 2009 à 10:00
Astronaute en transit
L’idée d’une fermeture du robinet à quelque chose de séduisante… si ce n’est, comme on l’a remarqué ailleurs, qu’on est dans le monde d’Ubu avec les universitaires. Même mis le dos au mur, ils risquent fort de continuer à se réfugier dans le nonisme. Le véritable défi, ici, c’est que les changements de culture de travail et de mentalités qui auraient été nécessaire pour les universitaires soient plus capables de répondre aux nouveaux enjeux, idéalement, auraient du se faire à un rythme lent, sur l’espace d’une décennie ou même une quinzaine d’années. La décennie 90 aurait dû être celle des évolutions décisives, parce que dans la présente, la situation est déjà devenue trop dramatiquement mauvaise, et la complaisance de beaucoup pour le nonisme est un effet de la panique. Ce que je trouve de plus pernicieux dans le statut de fonctionnaire octroyé aux universitaires, c’est qu’il a servi à envelopper la plus grande masse d’entre eux dans du coton, et qu’il a proprement servi à les couper de la société, alors déjà que la tendance naturelle de scientifiques et d’intellectuels est d’être un peu rêveurs. Si les diverses réformes n’avaient pas été systématiquement torpillées, puis abandonnées depuis 1986, nous ferions face à un monde universitaire bien différent, peut-être pas dénué de problèmes mais, me semble-t-il, mieux armé intellectuellement pour répondre aux défis et ne craignant pas l’innovation pour s’attaquer aux problèmes.
Nous voici à attendre le fameux discours…
18 décembre 2009 à 21:09
Rachel
A lire également, sur un sujet connexe et qui donne à réfléchir, un article du Monde du 16 décembre « L’enseignement privé séduirait une famille sur deux en France ».
Extraits
« D’après un sondage CSA pour l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre (APEL) et le quotidien La Croix, 55 % des Français (47 % de parents d’élèves interrogés) souhaiteraient scolariser leurs enfants dans le privé, soit une famille sur deux »
En parlant de l’enseignement privé, M. Goarant, responsable d’études de CSA: « C’est chez les enfants d’ouvriers et d’employés que cette demande est le plus forte, car ils n’ont pas d’alternative. […] Ces catégories, plus que les milieux favorisés, nourrissent leurs enfants de l’idée que l’école va permettre l’ascenseur social”
« Moins les personnes interrogées sont diplômées, plus elles souhaitent scolariser leur enfant dans le privé ».