Ces derniers temps l’université est l’objet de bien de discussions et débats fortement médiatisées. Beaucoup s’accordent à dire qu’elle est dans une situation délicate, à l’agonie, prise en étau entre une mouvance universitaire conservatrice et un gouvernement de tendance libérale. Ainsi aujourd’hui la Gaïa Universitas se pose la question suivante : Qui sont les fossoyeurs d’universités ? Bien entendu nous n’allons pas répondre directement à la question, tant elle est complexe. Nous vous proposons plutôt trois pistes :
(1) Les méchants poujadistes ultralibéraux qui veulent soumettre les universitaires à la loi du marché capitaliste avec cette LRU qui aboutira à la privatisation de l’université.
(2) Les dangereux contestataires gauchistes qui combattent becs et ongles pour conserver la configuration actuelle, alors que celle-ci a réellement bien des difficultés (certains diront qu’elle est à l’agonie pour nombre de ses composantes …).
(3) La majorité silencieuse et attentiste, qui regarde ce combat avec un air navré et qui est incapable de surmonter la pugnacité de la catégorie 2 ou de proposer une alternative à la catégorie 1.
Les copies sont à rendre ci-dessous, format libre. La meilleure copie se verra remettre le grand prix de la Gaïa Universitas.


7 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
30 novembre 2009 à 22:10
Rachel
A propos de Grand Prix, je me rends compte aujourd’hui que la lauréate du prix précédent n’est toujours pas venue le retirer. Si la martienne en séjour Erasmus daigne repointer le nez ici, elle est la bienvenue !
30 novembre 2009 à 22:25
Irnerius
Je m’inscris au concours pour gagner le prix d’un blog que j’apprécie particulièrement pour sa causticité contre le nonisme et qui cherche, quelquefois désespérement les “oui-istes”.
Hypothèse que je défends. Les fossoyeurs sont les nombreux et de plus nombreux conseillers des ministres, directeurs, sous-directeurs de ministres, de mieux en mieux rémunérés et de moins en moins performants (il faudrait d’ailleurs leur appliquer une analyse SWOT).
Ces conseillers ont été recrutés parce qu’ils connaissaient bien le “bas”, experts du terrain, du cambouis du quotidien, bref experts des réalités concrètes des universités réelles (combien de présidents d’université, qui furent plutôt bons, sont aujourd’hui conseillers du prince ?).
Le problème est que, le jour où ils ont été nommés conseillers, ils ne regardent plus que vers le “haut”. Il leut faut plaire à leur maître, le ministre. Et donc, ils ne font plus rien, sont tétanisés de déplaire, se taisent, sauf de temps en temps, ils parlent pour critiquer la base dont ils sont issus et qui ne veut rien comprendre aux beaux projets de leurs maîtres.
Nombreux exemples d’universitaires devenus experts du prince, Daniel Vitry (http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/11/26/la-caisse-des-depots/), Michel Quéré (http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/11/29/quere-en-baisse/ . Gaïa, je suis sûr que vous en connaissez beaucoup d’autres et que vous allez nous en parler.
Je résume pour être plus sûr de gagner le prix : les fossoyeurs des universités sont les universitaires qui deviennent les conseillers du prince et qui ont pour seul courage, celui de la fermer pour ne pas déplaire. Les fossoyeurs sont des gens du bas qui ne regardent plus que vers le haut.
Bien cordialement. Irnerius.
30 novembre 2009 à 22:38
Jojo
Ils pratiquent un sport fort dangereux : à creuser en regardant en l’air, on peut se blesser le pied d’un coup de pelle ou de pioche.
30 novembre 2009 à 22:42
Rachel
Merci Irnerius, je vous trouve bien sûr de vous. En fait vous êtes vexé comme un poux car vous avez perdu le concours précédent. Mais laissons encore quelques temps aux autres contributeurs de s’exprimer. L’heure n’est pas encore venue de réunir le conseil d’administration de la Gaïa Universitas pour désigner le vainqueur.
PS : je ne cherche pas particulièrement les « oui-istes », je cherche les gens libres et responsables qui veulent construire, des gens qui savent lutter pour l’université autrement que par la faire plonger vers le néant. Une sorte d’attitude positive. Je pense que ça doit encore exister à l’université, alors je cherche et les invitent à me rejoindre. Le jour où je les aurai trouvé (s’ils existent bien entendu), alors je ferai avec eux l’université de demain. A moi les 16 milliards, je sais quoi en faire.
30 novembre 2009 à 23:21
Irnerius
Un poux ou un pou ?
30 novembre 2009 à 23:36
Rachel
chou, genou, caillou, hibou … OK, si il n’y en a qu’un ! (honte à moi ! j’espère que mes instits ne lisent pas mes bétises !)
1 décembre 2009 à 11:59
Astronaute en transit
Ma contribution prendra utilement le contrepied de celle d’Irnerius, tout en en reprenant un principe fondamental, suggéré par l’intitulé du sujet qui nous est donné par Rachel: les fossoyeurs sont multiples.
Ma proposition, c’est que les fossoyeurs ne sont pas forcément des personnes. Outre qu’il ne faut pas dénigrer le métier de fossoyeur selon le principe qu’il n’y a pas de sot métier et qu’en outre ils accomplissent un service indispensable, c’est à dire enfouir des corps dont la décomposition publique serait un danger pour l’hygiène générale; il me semble effectivement que la problématique du sujet porte davantage sur le mode d’action du fossoyeur plus que son action elle-même. Raisonnement tortueux, certes, mais j’essaie d’être sophistiqué et original pour impressionner le jury (quand à gagner le prix, je suis d’emblée de nature plus prudente).
Les fossoyeurs de l’université, donc, s’ils ne sont pas des personnes, je soutiendrais que ce sont des idées. Car les idées guident les actions et les comportements des personnes. L’État actuel de l’université est bien d’être en situation d’être enterrée, et je vois cela comme le produit d’une situation de long-terme: elle est malade depuis longtemps et malgré les médicaments prescrits, elle est encore sinon plus malade. Or sur le long terme, comme disait John Maynard Keynes, nous sommes tous morts, c’est donc que les personnes passent (et ainsi les fameux conseillers dont nous parle Irnerius) mais les idées restent! La perpétuation d’idées toutes faites sur ce qui convient à l’université, voila ce qui, sur le long terme, contribue à l’enterrer. Après, évidemment, des personnes mettent ces idées en oeuvre (du moins ils le prétendent, et on a aussi la faiblesse de croire que leurs actions concrètes représentent réellement le fonds de l’idée professée).
Quelles sont ces idées? Je vais proposer trois exemples, peut-être pas originaux car certains sont évoqués dans l’énoncé du sujet mais il me parait utile de revenir à cet énoncé pour le traiter.
En premier lieu, le centralisme. Cette conception qu’il faut pour que l’université soit puissante qu’elle soit énorme et administrée de façon centrale depuis une tête dont on suppose qu’elle est infaillible. Elle a présidé à la refondation de l’Université par Napoléon, ce qui ne pouvait qu’accoucher d’une Grande Université calquée sur la Grande Armée. Immense enchevêtrement de corps et de divisions s’étirant sur les routes, avec une logistique souvent déficiente car selon le principe stratégique de l’Empereur, c’est la vitesse tactique qui doit l’emporter et les victoires finiront par payer les frais occasionnés. Avec la massification de l’Université remontant des ambitions démocratiques qui ont prévalu après 1945, ce modèle centralisé a vite démontré ses limites et d’ailleurs en 1968 il a volé en éclats. On a essayé de démocratiser, de simplifier et d’une certaine façon de décentraliser avec toutes sortes de mécanismes depuis 1968 mais on s’est heurté pour se faire à une contradiction: cette conviction immuable qu’au fond il fallait rester centralisé, que les diplômes devaient être nationaux, comme les statuts, que c’était l’unique voie de sauvegarde contre les potentats locaux, c’est bien dire que le centralisme jacobin mettant fin aux particularismes des provinces de l’Ancien Régime restait une conviction clé pour tous ces héritiers de la Révolution qui pullulent à l’Université et dans la société française.
Deuxième idée, assez étroitement liée à la première: l’égalitarisme. C’est certes une idée indispensable à tout processus de démocratisation, mais ses différentes mises en oeuvre peuvent aboutir à des résultats contrastés. Autant il est nécessaire lorsqu’on veut augmenter l’accessibilité et massifier les effets d’études supérieures pour la population, autant il s’avère contre-productif quand il se fait dans des conditions de qualité déclinante du service d’éducation qu’on rend accessible au plus grand nombre. Ensuite, lorsque des efforts sont faits pour rehausser la qualité, on est sans cesse confronté au dilemme que ce faisant, on risque de réintroduire de l’élitisme, compris comme accès restreint. L’égalitarisme comme le centralisme produit lui aussi des effets de long terme, il enferme les acteurs dans une culture et un mode de pensée dont ils ne peuvent s’extraire pour trouver des alternatives.
Troisième idée, enfin, et cela sera surement paradoxal aux yeux de mes contradicteurs qui croyaient pouvoir situer l’origine idéologique de ma critique: c’est que je reconnais que le libéralisme a aussi son potentiel de fossoyeur de l’Université. Et comme pour les deux autres idées je soutiendrais que c’est une utilisation dévoyée de cette idée qui est génératrice de problèmes. Même si, par culture, beaucoup d’acteurs de ce domaine (politiques, scientifiques, éducateurs) ne se reconnaissent pas dans une idée libérale, en comportement, beaucoup d’entre eux se comportent comme des libéraux: ils défendent des intérêts comme une propriété, leur démarche est individuelle (même dans une action collective, telle la grève pour défendre un statut propre) plus que dans le sens de l’intérêt général, véritable incarnation de l’action collective. Il y a défense bec et ongles de prérogatives vécues comme des droits, et on revendique la liberté de pouvoir torpiller toute initiative qui menace son statut (celui-ci a atteint valeur de patrimoine aux yeux de ses détenteurs!). À l’inverse, le libéralisme pris dans un sens économique contient aussi son potentiel fossoyeur, en ce qu’il peut introduire des logiques excessivement comptables et financières chez certains décideurs, alors que l’Université, si elle possède bien un potentiel marchand (elle est après tout un actif) n’est pas un bien in-différenciable des autres. Des logiques propres sont nécessaires dans sa gestion, mais les libéraux purs en prenant pour seul référence la gestion d’entreprise peuvent laisser échapper des aspects qui compléteraient utilement leur raisonnement, et renforcerait leurs arguments face aux nombreux antilibéraux tout aussi purs dans l’Université.
J’en conclus qu’un certain nombre d’idées, y compris leur mauvaise interprétation et mise en oeuvre par des personnes, sont à mes yeux des fossoyeurs de l’Université