Depuis le début de la semaine, je reste étonnée du peu de réactions qu’a provoqué la publication du rapport Juppé-Rocard. Les propositions sont pourtant très en faveur de la recherche et de l’enseignement supérieur et on aurait pu s’attendre à ce que les acteurs concernés s’en félicitent, en particulier l’université. Je tente de comprendre les raisons du silence, et elles peuvent être multiples : approche de la commission élitiste (nous y reviendrons), plan de financement discutable, orientation économique de rentabilité des investissements, absence de plan de recrutements, etc …
Mais ce projet est-il réellement favorable aux universités, acteurs majeurs de la recherche et de l’enseignement supérieur ? Rien n’est très évident à ce stade. Sur les 128 pages du rapport, le mot « université » n’est utilisé que 18 fois (dont 3 fois pour pointer le mauvais classement de Shanghai, 7 fois dans une liste des établissements du supérieur, 5 fois pour des universités étrangères, 3 fois pour noter une déficience sur la stratégie de valorisation). On ne peut guère dire que le rapport oriente son attention vers l’université, sauf pour pointer ses déficiences ou mauvais classements. A titre de comparaison, le mot « établissement du supérieur » est cité 57 fois. On rappellera que l’enseignement supérieur en France, ce n’est pas que l’université, loin de là, ce sont aussi les écoles d’ingénieur et de commerce, les écoles préparatoires, les BTS, … Pour la recherche, on compte les EPST (CNRS, INRA, INSERM, …), les EPIC (CEA, CNES, …), etc … Quand on y réfléchit bien, c’est un sacré sac de nœuds. Certes on pourra arguer que la commission, en utilisant le terme « établissements » veut éviter de commettre des maladresses qui pourraient provoquer des vexations, et que l’université est incluse, bien entendu, dans ce terme d’établissement du supérieur. Mais clairement elle n’est pas particulièrement mise en avant dans ce rapport, contrairement à toutes les réformes récentes. A ce stade, j’accepterais être accusée de commettre une mauvaise interprétation ou procès d’intention.
Ainsi donc, poursuivons la lecture et allons directement à la page à la page 56 du rapport, là où sont répertoriées les différentes actions à mener. Rappelons au passage que l’affectation des fonds ne se fera pas en « arrosant » l’ensemble des établissements sans regarder à la mise en œuvre. Le rapport insiste beaucoup sur ce point. Un comité de surveillance sera mis en place et contrôlera l’utilisation des fonds dans une logique de contractualisation, les projets étant sélectionnés sur appel d’offre et seront fortement élitistes. Ils viseront également une rentabilité, du type retour sur investissement.
Le 1er axe du rapport est consacré au soutien de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Seize milliards d’euros y seraient investis, soit près de la moitié des investissements. Cet axe est décliné en quatre actions.
L’action 1 est de « Favoriser l’émergence de campus de l’enseignement supérieur et de recherche d’excellence ». Il s’agit de « Soutenir la transformation d’un nombre limité (cinq à dix) de groupements d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche (indépendamment de leur statut : universités, grandes écoles, fondations de coopération scientifique…) en institutions pluridisciplinaires de dimension et de réputation mondiales, avec l’objectif de les faire figurer dans les cinquante premiers des différents classements mondiaux et du futur classement européen, et d’en faire entrer deux dans les vingt premiers ». Quand on connaît la parcellisation de notre enseignement supérieur et la piètre aptitude des acteurs à discuter de façon constructive quand il s’agit d’actions de mutualisation, on peut douter que cette action puisse être facile à réaliser. Toutefois, et ceci très récemment, on a vu se construire des PRES (Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur) avec différentes configurations, bonheur ou enthousiasme selon les régions. Ces PRES préfigurent peut-être le paysage de demain mais leur utilité ou efficacité reste encore à confirmer, sans vouloir ici faire de procès d’intention car leur mise en œuvre est trop récente pour pouvoir établir un bilan. Cet objectif pose aussi une grave question d’aménagement du territoire si le nombre sélectionné est aussi limité que celui proposé par la commission (5 à 10) , sauf si on permet des structures sans restriction géographique. En résumé, pour ce qui nous concerne aujourd’hui, les universités sont pleinement concernées par cet objectif 1, à condition qu’elles acceptent les regroupements et qu’elles acceptent de rentrer dans une logique d’appel d’offre, de compétitivité, de mise en commun de moyens stratégiques. Ces 10 milliards d’euros (pour cette action 1) sont loin d’être gagnés d’avance.
Action 2 : « Investir dans les équipements de recherche, soutenir l’innovation pédagogique t renforcer l’attractivité de la recherche en France ». Là aussi, je donnerais une impression comparable à celle mentionnée juste précédemment pour l’objectif 1.
Action 3 : « Créer quelques campus d’innovation technologique de dimension mondiale (4 à 6) et mieux valoriser les résultats de la recherche publique ». Là, les universités me semblent un peu à la traîne, sauf sur quelques sites bien connus. Le rapport pointe d’ailleurs très explicitement les déficiences des universités sur ces aspects d’innovation/valorisation. Il y a tout intérêt ici d’accrocher le bon wagon …
Action 4 : « Favoriser l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur et suscité l’intérêt pour les sciences dès le plus jeune âge ». Il est intéressant ici de recopier l’objectif : « Accélérer la création d’internats d’excellence pour le lycée et les filières sélectives du supérieur (classes préparatoires aux grandes écoles, instituts universitaires de technologie et sections de techniciens supérieurs), afin d’y favoriser la mixité sociale et de genres. Contrer la désaffection des jeunes pour les études scientifiques et mathématiques et rapprocher la science du citoyen, afin de renforcer la capacité de raisonnement et d’innovation et la qualité de la recherche scientifique en France à long terme ». Il est assez clair que les universités, établissements non sélectifs (mis à part pour ses IUT), ne sont pas considérées comme une priorité d’accès à l’enseignement supérieur. Cela ne fait que confirmer d’ailleurs un état de fait, état que le rapport ne tient pas du tout à corriger.
En conclusion, si le projet d’investissement est très en faveur de la recherche et de l’enseignement supérieur, il n’est pas évident que les universités sortent gagnantes du processus. Elles devront faire leurs preuves. Ce projet est une occasion exceptionnelle, peut-être de dernière chance, de pouvoir prétendre à jouer un rôle majeur. Le silence des universitaires suite à la publication du rapport ne laisse pas augurer un grand enthousiasme. J’espère que la prise de conscience viendra et que l’université saura se faire entendre et participer pleinement, avec fierté, à ce projet.


18 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
29 novembre 2009 à 19:45
Revue de blogs n°4 - Histoires d’Universités - Blog LeMonde.fr
[...] de son poste d’observation galactique, s’étonne du silence des universitaires sur le rapport Juppé-Rocard : “il n’est pas évident que les universités sortent gagnantes du processus. Elles devront [...]
29 novembre 2009 à 22:34
Irnerius
Bonsoir
Chronique signalée dans “La Revue de Blogs n°4″ du blog “Histoires d’universités”
http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/11/29/revue-de-blogs-n%c2%b04/
Cordialement. Irnerius
30 novembre 2009 à 09:15
Pablo
Merci pour cet article.
Pour dire la vérité, ce rapport me semble un peu creux.
Pourquoi 10 milliards pour “Favoriser l’émergence de campus de l’enseignement supérieur et de recherche d’excellence” ?
Pourquoi pas 5 ou 15 ?
Pourquoi ces regroupements d’établissements (car c’est de cela qu’il semble s’agir) sont plus une priorité que -par exemple- une revalorisation des salaires ou une amélioration des infrastructures existantes ou une amélioration du taux d’encadrement ou un plan bibliothèques universitaires ou… ou… ou… (je ne sais pas si c’est une meilleure idée, je dis juste que rien ne vient réellement justifier cette priorité, sauf la position des établissement français dans les rankings, on en discutait dans une note précédente).
Quel est le périmètre du mot “établissements” (comme si bien souligné dans cet article) ?
Qu’est-ce qu’un “campus d’excellence” ?
etc
etc
etc
30 novembre 2009 à 10:06
Rachel
Pablo, moi aussi je trouve que ce rapport est un peu creux, en particulier les 50 premières pages. Mais d’un autre coté on parle d’avenir donc c’est nécessairement flou et pavé de bonnes intentions. A mon avis, l’avenir ça ne devrait pas être uniquement les politiques qui le mettent en place, ça devrait être aussi les acteurs de la société. Pour ce qui nous concerne ici, les acteurs sont ceux de la recherche et de l’enseignement supérieur, et c’est pourquoi je désespère de ne pas entendre les universitaires sur le sujet. Je pense qu’il est possible d’infléchir (un peu, beaucoup ?) les orientations du rapport en proposant des évolutions pertinentes. Il n’y a jamais qu’un seul chemin pour arriver au but.
Pour le mot « établissement », dans le rapport ça veut dire « universités », les multiples « écoles », les lycées (ceux qui font des BTS), les EPST, les multitudes d’EPIC, etc … je mentionne souvent dans ce blog ce thème de la parcellisation de l’enseignement supérieur et de la recherche. A mon sens, cette parcellisation est contre-productive, un grand gâchis d’argent, et surtout un système dans lequel l’université est en perte de vitesse (ce qui ne me plait pas du tout).
Je ne réponds à toutes vos questions, vous savez pourquoi : je n’ai pas les réponses.
30 novembre 2009 à 15:03
Pablo
Je ne m’attendais évidemment pas à ce que vous répondiez à ces questions. Ce sont pour moi des questions assez essentielles auxquelles le rapport devrait répondre mais ne répond pas.
Je sais bien que l’avenir est flou. Mais essayez de déposer une demande de subvention avec un programme aussi flou et les referees l’utiliseront comme bétisier.
Cela dit, je suis d’accord pour penser que les universitaires devraient sauter sur l’occasion pour débattre et infléchir ces propositions.
30 novembre 2009 à 15:29
Rachel
Pablo, si au contraire le rapport avait été précis, il aurait été critiqué pour cela car il enlèverait de la liberté d’action. Le rapport n’est pas là pour apporter des réponses. Ce n’est pas lui qui fait la demande de subvention (lui, c’est ordonnateur). Il est là pour poser des questions, proposer des orientations et un cadrage (avec lesquels on peut ne pas être d’accord). A plusieurs niveaux, le ton employé est « nous proposons que … ». Il faut le prendre comme cela. C’est un peu différent du Rapport Attali de 2008, qui lui était centré sur des décisions (les faire toutes, les faire exactement comme le demande le rapport … bref c’était beaucoup plus directif). A mon avis, les réponses doivent être apportées par les scientifiques (aux questions scientifiques mais aussi sur les aspects d’organisation, par exemple sur ce thème d’établissement d’excellence). Si on pense qu’il faut infléchir les propositions (c’est mon avis), alors il faut le faire de façon argumentée et rationnelle. Si c’est pertinent, alors ça devrait porter ses fruits.
30 novembre 2009 à 17:34
Pablo
Soit. Mais je reste sur ma faim.
Exemple : Que le rapport dise “la moitié du prêt doit partir dans l’enseignement supérieur et la recherche parce qu’il s’agit là d’un secteur blablabla et d’un message fort pour blablabla”, pourquoi pas. Mais 10 milliards pour les fusions d’établissement, pourquoi pas 5 ou 15 ? Je n’ai pas l’impression que les rapporteurs aient beaucoup creusé la question. Qu’est-ce qui se passe si on n’arrive pas à dépenser tout cet argent ? Qu’est-ce qui se passe si c’est vraiment trop peu ?
30 novembre 2009 à 17:59
Astronaute en transit
IL faut aussi rappeler que ce rapport est un document de lignes générales pour l’utilisation d’un emprunt, donc une somme qui doit être levée sur les marchés financiers (on a renoncé à solliciter les particuliers devant leur peu d’enthousiasme, à la grande déception des personnes autour de Guaino qui voulaient un emprunt de plus de 100 milliards, en forçant les citoyens à y souscrire). Or, il a aussi été précisé que l’emprunt devrait servir uniquement à l’investissement. C’est à ce titre seulement qu’on espère convaincre les marchés de fournir la somme, ce qui est loin d’être évident à l’encontre d’un État français certes encore bien noté par les agences, mais dont le penchant pour la dette infinie est notoirement connu.
Il en dérive plusieurs restrictions sur l’utilisation des sommes. Elles doivent être perçues comme des investissements et surtout des investissements d’avneir. je reconnais qu’une réévaluation de salaires sera nécessaire si l’on veut que le métier d’universitaire et de chercheur en France reste une carrière attractive et empêcher la fuite des cerveaux, mais une revalorisation de salaire peut être interprétée comme une dépense de fonctionnement plutôt qu’un investissement. La question se pose aussi sur les sommes dévolues aux fusions d’établissements dans un nombre strictement limité, il me semble là encore que c’est un signal lancé aux investisseurs, que l’on ne veut pas se contenter d’utiliser le parc actuel mais bien de le rénover en se reportant sur les éléments compétitifs et innovants. En ce sens l’objectif serait moins de remonter dans les classements que dans l’estime des investisseurs.
Je mesure bien tout ce que ce vocabulaire peut heurter de sensibilités, notamment pour les universitaires vaccinés contre le marché, mais il me semble ici décrire une réalité de faits que cela plaise ou non. la France est obligée d’emprunter dans des conditions délicates pour mettre en oeuvre une refondation de son enseignement supérieur et de sa recherche qui aurait dû être entamée il y a plusieurs, années, et financées dans de meilleures conditions si l’État n’avait pas déjà été écrasé sous le poids de son propre (dys)fonctionnement. Les conditions, donc, dans lesquelles le produit du grand emprunt deviendront accessibles, et seront rationnées à certains, sont loin d’être idéales. La Commission Juppé-Rocard ne pouvait d’ailleurs trop se permettre d’aller voir le détail à l’euro près de ce qui méritait financement prioritaire et ce qui passait au second rang. Là encore c’est regrettable mais il faut aussi s’imaginer que le temps pressait et qu’il fallait à tout le moins rendre des conclusions très générales, quitte a reporter le problème de la répartition à plus tard. Ce rapport est un exercice de communication, un signal envoyé aux marchés pour qu’ils investissent dans la recherche et l’enseignement supérieur français, mais de toute évidence les meilleurs avocats de cette cause seront précisément les intéressés eux-mêmes s’ils savent ficeler leur dossier. Exercice délicat, douloureux même car ce processus ne manquera pas de produire de la saine émulation, étant donné la culture française du conflit il y aura certainement des jaloux et des protestations, et même des conflits.
30 novembre 2009 à 18:21
Jojo
Astronaute, vous racontez n’importe quoi. La priorité à l’investissement est destinée à la galerie, pour faire croire aux Français qu’on crée de la dette vertueuse, de la bonne dette, avec cette emprunt.
Pour les marchés, il n’y a aucune différence entre cet emprunt particulier et ceux que lance quotidiennement France Trésor. Et la seule chose qui importe pour les prêteurs est que la France paye dans les temps et que ses ratios financiers n’augurent pas d’une ruine soudaine. On aurait un grand plan de fleurissement des ronds-points à la place de ce pauvre rapport qu’on obtiendrait l’argent exactement dans les mêmes conditions.
30 novembre 2009 à 21:41
Rachel
Jojo, on peut ne pas être d’accord avec l’Astronaute. Mais force est de constater qu’il développe son propos, ce qui n’est pas vraiment votre cas car vous restez trop souvent dans une attitude d’affront ou d’offusqué. Je ne dis pas cela pour vous vexer mais pour vous inviter à entrer réellement dans une discussion. Il faudra bien qu’on finisse par se reparler un jour, sinon autant fermer tout de suite, non ?
Pour revenir au sujet du jour, j’ai une question à vous poser : considérez-vous cette annonce comme une mauvaise nouvelle ou bien au contraire vous pensez que c’est une bonne idée d’investir dans l’orientation choisie ?
30 novembre 2009 à 22:27
Jojo
1 – Il est dans mon habitude d’être lapidaire. Mes collègues n’aiment pas non plus.
2- Les prétendues garanties offertes au marché invoquées par l’astronaute sont purement et simplement imaginaires. Personne parmi les prêteurs ne va même lire le triste rapport Juppé-Rocard. Pas la peine de faire cent lignes pour dire cela. D’autant que ça a été rabâché cent fois. Cet emprunt est un emprunt banal, tout le blabla autour n’est que le SAV du discours de Versailles.
3- Dans la mesure où ces sommes vont venir en appui d’une mauvaise politique (ANR, PRES, plan campus et j’en passe), c’est une très mauvaise nouvelle. Je préfèrerai pour mes enfants et mes petits-enfants, voire au-delà (sur ce point-là, je rejoins le pessimisme de l’astronaute) qu’on ne fasse rien.
1 décembre 2009 à 06:48
Astronaute en transit
Il faut reconnaître, malgré ce caractère lapidaire, que les remarques de Jojo visent juste: au delà du “grand emprunt” la France est déjà un grand emprunteur, et d’ailleurs ces 35 milliards en total pâlissent à côté des 174 milliards nécessaires pour le service de la dette actuelle. C’est le troisième poste budgétaire de l’État, après l’Éducation, justement.
Tout mon propos derrière le débat lancé sur la responsabilité des universitaires liée aux sommes récoltées par le grand emprunt est là: ou bien on ne fera aucune utilisation sérieuse de ces sommes et on aura effectivement une dette aussi vaine que le reste (due aux dépenses incontrôlées de fonctionnement tolérées depuis plus de trente ans), où l’emprunt sera correctement utilisé pour améliorer les performances façon à ce que des bénéfices servent à rembourser cette dette. Dans la situation actuelle il n’y a pas de dette vertueuse. Comme je le faisais remarquer, son existence n’est pas attribuable à la seule équipe en place actuellement; mais à tous ceux qui émargent au système depuis de nombreuses années. Le refus répété des réformes a dégradé les comptes de la nation, et le grand emprunt pourrait ne faire que s’y ajouter.
1 décembre 2009 à 09:45
Pablo
“l’objectif serait moins de remonter dans les classements que dans l’estime des investisseurs” > il semble bien, en effet, qu’on ait d’abord décidé d’emprunter avant de se demander que faire des sommes empruntées.
Se demande-t-on pourquoi ?
1 décembre 2009 à 11:25
Astronaute en transit
Très juste question, Pablo, je pense d’ailleurs que c’est le sens de notre démarche en en discutant ici. Il est un peu dommage que nous ne soyons que quatre, alors que cette grave question est d’un intérêt général évident. Il faudrait un grand débat sur le grand emprunt! Avec un piège: les débats, en France, tendent à devenir interminables au point que les idées ou suggestions y deviennent des serpents de mer. En attendant, des réformes ne sont pas entamées et on continue à souffrir des mêmes problèmes fondamentaux d’une décennie à l’autre.
Ainsi débat-on depuis un certain temps sur l’avenir de la recherche et de l’enseignement supérieur, mais que nous ont apporté ces débats? Essentiellement la constatation que les positions des acteurs restent antinomiques et souvent irréconciliables dans leur hostilité. Pourtant, avoir la réponse de ce débat (quelle est la voie à suivre?) il serait essentiel de l’avoir, avant, comme vous le faites remarquer justement, de ce lancer dans cet emprunt.
Comprenez, je ne suis pas un sectataire inconditionnel de cet emprunt. J’ai dit déjà ce que je pense de la philosophie ultra-étatiste qui a présidé à sa genèse. L’emprunt a été décidé un de plus, gros soupir), le rôle de la commission Juppé-Rocard n’était pas de le justifier mais de suggérer des pistes pour son emploi et quand ils le font que voit on? Ce silence consternant qu’observe Rachel et avec elle, nous tous ici. Que les silencieux soient placés devant leurs responsabilités, donc! Que la variété des personnes qui ont tempété, manifesté, pamphlété depuis toutes ces années sorte enfin de son attitude de dédain autosatisfait sur la question (parce qu’on ne sait pas, au fond, ce que cela veut dire que de donner une opposition constructive dans ce pays, qu’on soit de droite ou de gauche) et apporte enfin des propositions concrètes qui constitueraient autant de réponses utiles à votre question.
1 décembre 2009 à 16:05
Jojo
Voilà à quoi va ressembler ce fameux grand emprunt. Impressionnant !
http://www.lemonde.fr/economie/portfolio/2009/12/01/quand-l-etat-recupere-10-5-milliards-en-20-minutes_1273966_3234.html
1 décembre 2009 à 20:10
Rachel
Pablo (réponse message de 9h45),
Vous dites que « il semble bien, en effet, qu’on ait d’abord décidé d’emprunter avant de se demander que faire des sommes empruntées ». Je ne suis pas trop d’accord avec cette vision du rapport. Le rapport propose des grandes orientations mais aussi des actions particulières qui me semblent au contraire suggérer que l’on a pensé à savoir quoi faire des sommes empruntées (par exemple construire des internats pour les prépas, IUT et BTS). Certaines autres actions sont plus floues, je suis bien d’accord, mais je pense qu’il faut au contraire s’en féliciter et le prendre comme un espace de liberté d’action, et soyons optimistes (je force le trait) une liberté d’action pour la recherche et sa structuration. Construire l’avenir ne peut pas trop correspondre à un planning trop précis des actions à mener. Je n’ai pas trop guetté les signaux ces derniers jours, mais il semble que c’est toujours le calme plat du coté des universitaires ? Ou bien ils travaillent en secret de peur que les nonistes leur tombent dessus ?
1 décembre 2009 à 20:17
Rachel
Astronaute (message 11h25),
Je me demandais aujourd’hui si ce grand emprunt n’était pas, finalement, comme un retour de la période des grands travaux d’Etat (toute proportion gardée …). C’est juste une idée comme ça, je n’ai pas trop d’opinion très claire pour le moment. Comme vous, je suis un peu réservée quant à l’idée de faire un grand débat sur le grand emprunt. Je ne pense pas que le climat soit adapté pour conduire un débat serein en ce moment. Mais d’un autre coté j’aimerais que les universités se positionnent, que les universitaires discutent. On peut peut-être en profiter pour donner une impulsion à la reconstruction (refondation ?) de l’université. Mais j’avoue que je ne vois pas trop la tournure que prendront ces concertations sur le grand emprunt. A suivre …
1 décembre 2009 à 20:24
Rachel
Jojo, oui c’est complètement fou. Merci d’avoir alerté sur ce documment très édifiant.