Tout corps d’enseignant plongé dans la réforme de la mastérisation subit un phénomène de rejet et d’échauffement de l’esprit dont l’amplitude est égale à la somme des divergences qui caractérise cette réforme.
A propos de Gaïa
La Gaïa Universitas est un blog entretenu par des extraterrestres. Ils ont pour mission d’étudier l'étrange comportement des universitaires Terriens en cette période trouble pour l'Université. Mais leur mission ne se déroule pas vraiment comme prévu...


9 commentaires
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26 novembre 2009 à 11:00
Astronaute en transit
Voila au moins une façon amusante d’initier les jeunes aux sciences physiques!
J’ai relevé, dans les commentaires que j’ai lus d’enseignants vraiment remontés contre cette mastérisation, la revendication de pouvoir continuer à entrer dans le métier, et à faire le métier d’enseignant, après des études courtes, ce qui serait selon ces derniers un gage de… compétence disciplinaire!
La demande d’études courtes me parait surtout motivée, pour autant que je l’ai bien compris, par des raisons financières, souci d’autant plus élevé que si on ne passe pas le concours le plus tôt possible (avec son statut d’emploi à vie) on n’est pas assuré de mieux le réussir un an plus tard (il est vrai que le concours obéit à une logique d’écrémage plus que de vérification des compétences, mais c’est peut-être dû au nombre invraisemblable de gens cherchant annuellement à obtenir un emploi public par souci de sécurité).
Dans toute cette démarche, pas de réflexion sur le phénomène qui est à l’origine de cette réforme: la contre-performance manifeste de personnels recrutés sous l’ancien système, notamment à l’école primaire; de nos jours, l’échec semble être régulièrement expliqué par la dyslexie ou la dyscalculie, et même si c’est une vérité qui fâche on dirait que les instituteurs d’aujourd’hui, déjà plus formés que ceux des générations précédentes (en particulier les hussards noirs, qu’on nous ressort à tout propos; moi aussi j’en ai dans ma famille soit dit en passant!) réussissent pourtant moins bien que leurs aînés. Faudrait-il alors tenir compte d’un autre phénomène, la dévaluation des diplômes? Continuer à recruter au niveau licence, alors qu’on a constaté que la licence elle-même devait être réformée car on y constate un taux d’échec effarant, cela paraîtrait un gaspillage.
Il est indéniable que cette énième réforme va créer de nombreux problèmes, tant académiques que matériels, pour les aspirants au Mammouth. Et dans cette optique il est plus facile de s’en prendre au gouvernement actuel, plutôt qu’aux universitaires et autres éducateurs qui, dans les décennies précédentes, ont laissé la qualité de l’enseignement français, du primaire au supérieur, se dégrader à un tel point.
26 novembre 2009 à 11:54
Jojo
Le niveau baisse, les enseignants sont mal formés, blablabla, blablabla, c’est la faute aux pédagogues et aux universitaires ! Votre haine de l’université et de ses membres fait peur à lire.
Dans la tranche d’âge de 3 à 6 ans, un enfant passe 2h16 par jour en moyenne devant la télévision. Quel impact sur sa capacité à apprendre ensuite ? Sur la dyslexie, la dyscalculie ? Est-ce qu’on n’est pas en train de demander à des gens qui sont censés être des éducateurs de devenir des rééducateurs dans une société de plus en plus folle ? Elargissez un peu votre horizon, que diable.
26 novembre 2009 à 12:33
Rachel
Ah Astronaute, je suis assez fière de ma formule, non pas pour son contenu mais parce que pour une fois je suis parvenue à écrire un billet de taille raisonnable. Mais je reste très perturbée par ce théorème car le phénomène étudié semble échapper à toute loi physique ou à la simple logique. Mais je tiens une bonne piste ! je suis en train d’explorer la voie du deuxième principe de la thermodynamique, qui comme les physiciens le savent contient une grandeur qui s’appelle l’entropie. Cette entropie est une grandeur un peu abstraite, mais pour faire simple ça mesure le degré de désordre d’un système. Toute transformation d’un système s’effectue avec une augmentation d’entropie. Il faut savoir aussi que l’entropie est une fonction d’état, ce qui m’a fait penser au fait que les enseignants remplissent des fonctions d’état (ils sont fonctionnaires). Ainsi je tente de mettre tout ça en équations mais elles divergent de façon impressionnante ! L’entropie prend une ampleur qui dépasse toute logique ! Je pense que je vais me tourner vers la théorie du chaos, qui me semble plus adaptée à la situation.
26 novembre 2009 à 12:51
Rachel
Jojo, vous avez raison de souligner les facteurs extra-scolaires. Il sont importants. Regardons à l’extérieur mais cela n’empêche pas de se pencher aussi sur des problèmes internes. Une critique sur les structures de de l’enseignement supérieur ne veut pas dire qu’il y « une haine de l’université et de ses membres». Savoir pointer et reconnaitre ses faiblesses est le meilleur moyen d’y remédier. Enfin, comme je vous l’ai déjà dit, l’astronaute ne peut pas voir vos messages subliminaux : Je suis la seule à pouvoir lire vos insultes. Merci de ne pas recommencer.
26 novembre 2009 à 14:23
Astronaute en transit
Certes, les hussards noirs ont eu de la chace qu’à leur époque, il n’y avait pas la télévision… il y avait, en revanche, un pays dont majeure partie était illettrée depuis toujours, communiquant peu en dehors de ses communautés villageoises avec autant de patois qu’il y avait de fromages, et toujours en proie pour une bonne partie à des superstitions ancestrales. Je ne néglige donc pas la magnitude de la tâche à accomplir par ceux qui ont appartenu à la première génération de l’école publique en France… et force m’est de reconnaître qu’être en concurrence avec la télévision, la famille monoparentale, l’immigration de masse… ne me paraissent toujours pas comme une explication suffisante aux problèmes actuels concernant les compétences de base (lecture, écriture, calcul) alors que nos moyens techniques et nos formations se sont autant développés.
Je ne renie donc rien de mes pensées, libre à certains de considérer cela comme de la “haine de l’université”. Après tout, j’y appartiens aussi, moi, à l’université, ce qui me semble être une qualification supplémentaire pour pouvoir lui dire franchement ma déception quand je sens que c’est nécessaire. Je préférerais lui dire mon appréciation mais manifestement je ne suis pas à la bonne époque. Par ailleurs, puisque je reste dans cette institution c’est donc que je dois y trouver encore des satisfactions; mais ma nature est telle que je ne serai jamais totalement satisfait du présent, et je continuerai à croire, comme le veut la fameuse annotation, “peut mieux faire”.
La question que j’ai posée reste d’actualité: le recrutement au niveau licence, l’IUFM ont-ils été une solution aux défis d’enseignement de nos jours? Même si l’adoption d’une réforme semble poser que la réponse est “non”, lorsque je pose moi-même cette question, je suis loin d’être certain qu’à son tour, la mastérisation constitue une solution magique au problème? Est-ce que son adoption parviendrait à atténuer ma “haine de l’université et de ses membres”, je l’espère bien en tout cas mais je ne suis sûr de rien en la matière, on ne verra les effets d’une réforme qu’au bout d’une dizaine d’années…
26 novembre 2009 à 14:32
Astronaute en transit
Il est bon de préciser: le coût des études longues est un véritable problème, je ne le nie pas. Je pense même qu’il est sans doute l’argument critique le plus recevable pour contester la mastérisation. Pourtant, c’est un problème qui concerne tous les types d’études, lesquelles sont devenues en général plus longues et plus chères, même à durée égale.
Il me semble donc que plutôt que de réclamer le statu quo, on ferait mieux de se battre pour l’extension des bourses et des prêts, pour une refonte plus audacieuse du système de financement des études supérieures (que ne suggère-t-on pas qu’une portion du grand emprunt soit affectée à mettre en place un nouveau système de financement des études longues?). Cette cause ci, plus que les procès bourdieusesques en “reproduction des élites”, me paraîtrait plus apte à mobiliser un grand nombre de personnes, et non seulement les intérêts corporatistes qui défendent leur bifteck; et l’on verrait alors peut-être de réelles innovations portées par la mobilisation d’universitaires et acceptées par le gouvernement… Ici encore, je crains que, culturellement, beaucoup d’universitaires ne soient pas capables de suivre cette voie.
26 novembre 2009 à 14:47
Rachel
Comme vous le mentionnez très justement, le coût des études n’est pas seulement un problème des étudiants qui s’orientent vers l’enseignement. Il est tout aussi présent pour les autres étudiants. S’il faut rémunérer les étudiants en formation d’enseignant (je n’ai rien contre), alors qu’on rémunère ceux qui sont engagés dans les autres formations de Bac+5.
26 novembre 2009 à 15:23
Astronaute en transit
Ce que vous proposez, Rachel, serait effectivement bien plus égalitaire que la seule défense des intérêts des futurs mammouths. (Il est plaisant de constater en l’occurence qu’une espèce disparue a de l’avenir!)
Petite épreuve de “colle”: Quelle serait donc l’équation qui permette cette vaste rémunération des étudiants en cursus Master?
26 novembre 2009 à 15:55
Rachel
Astronaute, je suis actuellement perdue dans des équations sur la théorie du chaos et je désespérais ! Vous me sauvez la mise avec votre proposition d’équation qui me paraît très simple.
Je pars du postulat qu’il n’est pas pensable de faire coexister des étudiants qui seraient rémunérés avec d’autres qui ne le seraient pas (pour un niveau d’étude équivalent et dans des établissements publics). Il y a certes une voie plus noble qui est l’enseignement (je dis cela sans ironie aucune), mais c’est pas une raison pour payer les uns et pas les autres. Je pose ensuite une hypothèse de travail, qui est que seuls les étudiants en M2 (ou équivalent) sont concernés pour l’instant.
Je distingue ensuite deux cas (1) les étudiants qui se dirigent vers des carrières de la fonction publique. Alors c’est à l’état de rémunérer. Cela sera fait dans le cadre des stages, qui peuvent être considérés comme un travail et tout travail mérite salaire. Ca concerne évidemment tous les étudiants en formation d’enseignants, mais aussi tous les étudiants en M2 à coloration recherche (eux aussi font des stages, remplissent des missions de recherche et donc peuvent être rémunérés) et autres équivalents de carrières de la fonction publique. Là l’état doit investir, c’est son devenir qui est en cause. (2) le cas 2 concerne les étudiants qui se dirigent vers des carrières en entreprise. Ces étudiants aussi font des stages. Dans ce cas, c’est l’entreprise qui paye ces stages à hauteur d’un salarié débutant. Pour ce deuxième cas, je rajoute également une close aux entreprises qui recrutent : le remboursement partiel des frais de formation dans les établissements publics (6 mois, 1 an ? l’équivalent du master ?), c’est une façon pour l’entreprise de remercier l’état d’avoir payé la formation, formation utilisable directement par l’entreprise qui en profite pour faire plein de bénéfices grâce à un personnel bien formé dans des établissements publics et dans lequels il n’investit juste pour la forme que des miettes ridicules de taxes d’apprentissage. Dans ce cas ça ferait une manne d’argent, qui à vue de nez permettrait de financer les rémunérations du cas 1, peut-être l’ensemble de l’année de master 2. L’état ne s’endetterait pas …
Je m’en retourne à ma théorie du chaos. Merci pour l’interlude rafraichissante.