Les directeurs d’IUT se sont réunis en assemblée générale le vendredi 13 novembre pour faire le point sur les propositions de la ministre V. Pécresse. Cette assemblée fait suite à une rencontre avec la ministre et aux questions posées à l’assemblée nationale, le 10 novembre. On pourra lire sur ce blog cette épopée avec nos billets précédents « Faut-il réformer les IUT ? », « IUT maltraités », « IUT : le grand malaise » et « Les IUT sont une chance ».
Dans une lettre datée du 13 novembre, la ministre réitère les engagements pris le 10 novembre, en particulier l’examen cas par cas pour les IUT qui n’ont pas encore trouvé de solution satisfaisante avec leurs universités de rattachement (pas loin de la moitié d’entre eux!). Plus de détails en lisant la lettre en question (ici). Dans cette lettre, elle déclare également « J’ai eu l’occasion d’insister sur ma volonté politique de faire vivre et de développer la filière technologique. Je souhaite lancer une réflexion générale sur la place, les missions et le positionnement des IUT au sein des universités autonomes et dans le contexte de développement des PRES et vous sollicite de proposer des noms de personnalités qui pourraient contribuer à cette réflexion ». S’oriente-t-on vers une sorte d’états généraux des filières technologiques et du positionnement de ces filières dans l’enseignement supérieur ?
L’ADIUT (assemblée des directeurs d’IUT) se déclare insatisfait de la rencontre avec la ministre : « A l’issue de l’entretien avec la Ministre, le bureau de l’ADIUT a déclaré ne pas pouvoir prendre une position favorable par rapport aux pistes qui ont été évoquées. La tension existant dans les IUT aujourd’hui justifie un nouveau positionnement de l’Assemblée Générale plénière » (voir les détails ici). Les directeurs d’IUT réclamaient le maintien de leur autonomie, mais la ministre ne leur promet que des solutions à court terme, de façon à gérer la période transitoire. Apparemment les directeurs d’IUT ne veulent pas de transitoire mais des garanties pérennes.
Finalement on n’est guère plus avancé. Les directeurs d’IUT luttent manifestement pour la conservation d’une autonomie de leurs instituts, ce qui est contradictoire avec la LRU qui les positionnent composantes des universités comme les autres formations. A moins que l’objectif ne soit d’aller vers des « universités technologiques » clairement séparées des « universités académiques » ? Il aurait été assez constructif de préciser également la nature des difficultés rencontrées par les IUT vis-à-vis de leurs universités de rattachement, voire même de publier la liste des universités qui n’ont pas signé de contrat d’objectifs et de moyens, et pourquoi. On peut constater aussi le silence assourdissant de la CPU ou autres représentants des universités. Ne considèrent-ils pas que les IUT sont des composantes des universités ? Pourquoi n’affirment-ils pas clairement leur fierté d’accueillir les filières technologiques telles que celles des IUT ? N’est-il pas venu le temps de mettre au rebut les vieilles rivalités ?
Empêtrées dans des difficultés d’acceptation du principe d’autonomie (et de celui de la liberté et de la responsabilité), dans une lutte acharnée de certains universitaires contre le principe de mastérisation (ne pas incorporer les formations des enseignants dans les universités mais les laisser dans l’univers cloisonné des IUFM), les universités doivent maintenant gérer une fronde des filières technologiques. L’université est-elle en train de se fendiller de toute part ?
En attendant, les IUT maintiennent la pression et organiseront le 26 novembre une journée d’information pour les personnels et étudiants.


11 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
14 novembre 2009 à 23:22
Astronaute en transit
Cette question provoque en moi la plus grande perplexité. Depuis nos discussions sur la question, je m’interroge sur l’opportunité d’un billet traitant de la condition singulière d’être Ministre de l’Enseignement supérieur en France, mais ce dernier billet me rappelle à une réalité: si les Ministres sont transitoires en France, ceux qui gèrent réellement et en permanence la politique éducative sont en fait des fonctionnaires. C’est vers ce corps (intouchable) qu’il faut se tourner pour comprendre le pourquoi de toute cette gabegie. Pourquoi un enseignement supérieur sous-performant? Pourquoi des dirigeants d’établissement qui se battent autour de parts de gâteau comme s’ils avaient cinq ans? Pourquoi une gestion aussi inefficace? Pourquoi des personnels qui refusent de rendre des comptes à leurs concitoyens qui les rémunèrent en échange d’un service?
Après cela il y en a qui ont l’incongruité de s’étonner que certains critiquent le “modèle français” et vous accusent d’être de “méchants libéraux”. Non. On est simplement dépassé par les événements (et tant d’imbécilité de la part de gens payés pour leur supposée intelligence).
15 novembre 2009 à 09:20
Rachel
Ah Astronaute, il y a tant de questions … tant de choses que je ne comprends pas, ou alors tant de choses que je pense comprendre mais je ne comprends pas pourquoi les gens ne comprennent pas. Mais ne sommes-nous pas là, sur la Gaïa Universitas, pour poser des questions ? Certes les terriens ne sont guère communicants, si j’en crois le peu de commentaires que génère ce blog. Peut-être sont-ils timides ou bien ils ne savent pas les réponses ou bien ils les savent mais ne savent pas comment mettre en œuvre les solutions ? ou bien ils baissent les bras devant les difficultés que provoquent chaque idée de réforme, de modifications de pratique, de prise de risque ou simplement devant la muraille qu’ont construit les nonistes autour de l’université. Et ils se disent alors « à quoi bon ? ». Pourtant il y aurait tant de chose à raconter, tant de projets à faire … les bras m’en tombent, je crois que je vais renoncer !
On peut effectivement s’interroger sur les « grands fonctionnaires » de l’éducation nationale, mais aussi sur le rôle des syndicats ou tout simplement sur celui des acteurs de terrain. Je me demande si l’université ne deviendrait pas l’école du renoncement ou du temps immuable. Il y a quelques jours j’ai lu le petit livre d’Eric Maurin, « la peur du déclassement ». C’est assez intéressant. Ca explique assez bien comment même les fonctionnaires surdiplômés (donc les universitaires) sont pris par la peur de voir leurs avantages rognés ou modifiés, alors qu’ils ont mis tellement d’efforts à obtenir ce statut de fonctionnaire. Ca touche essentiellement les jeunes (ceux recrutés après 1990). Cette peur du déclassement conduit souvent à une méfiance/défiance de tout changement, un refus de la mise en concurrence, des classements et bien entendu une méfiance vis-à-vis de l’évaluation (donc de rendre les comptes car les comptes rendus pourraient être utilisés pour déclasser donc de modifier un statut qu’ils ont eu tellement de difficultés à obtenir). Ca conduit aussi à un « syndicalisme de résistance », ce que j’avais appelé ici « radicalisme prudentiel », donc à la tentation du protectionniste et à une peur déraisonnée d’actions à connotations libérales, réelles ou imaginaires (qu’on peut aussi appeler un antilibéralisme primaire). On le voit assez bien dans les stratégies des syndicats dont les mots d’ordre sont essentiellement basés sur des procès d’intention ou bien carrément sur la peur (modulation des services = punition, mastérisation = mort de la recherche ; LRU = privatisation rampante, etc ….). Je pense que je vais en faire un petit billet un de ces jours, si j’en trouve le courage.
15 novembre 2009 à 10:15
Astronaute en transit
En effet Rachel j’ai aussi apprécié ce livre car il semble très bien décrire l’époque à laquelle nous évoluons et offrir un début d’explication aux comportements de divers acteurs, dont ceux de l’université. Le paradoxe qu’on observe aussi c’est que si ces acteurs sont hantés par la “peur du déclassement”, lorsque les conditions de ce déclassement se produisent (par l’affaiblissement de la qualité de l’université par exemple), la réaction des acteurs est de le nier. Ils mettent donc en place non seulement des freins politiques à toute réforme (qu’ils accusent de favoriser le déclassement) mais des freins psychologiques à toute explication du déclassement qu’ils prétendent refuser (le système, les statuts, les personnes ne sont pas en cause, c’est un méchant complot venu de l’extérieur). Or nous avons là logiquement parmi les meilleurs esprits de la société, les fameux “savants”, les “produits de la méritocratie républicaine”. Il est époustouflant que pour des raisons de culture politique ces esprits soient si peu à même de comprendre les rouages des évolutions sociologiques et économiques qui remettent en cause la pertinence des anciens systèmes. D’ailleurs on ne demande pas, lorsqu’on propose une réforme, de jeter le bébé avec l’eau du bain, là n’est pas le propos.
Mais l’on se heurte à une culture, une façon d’être enracinée dans un pays qui ne semble aimer être géré (tout en s’en plaignant, soyons cohérents et… français) que par un État centralisé. D’où un goût pour les rapports de forces, pour les hiérarchies, pour les commandements et parfois l’usage de la violence (vers le haut ou vers le bas) pour obtenir ce que l’on veut. (à ce titre, l’émeute d’hier à Paris est bien révélatrice: des gens viennent à un endroit parce qu’on leur a promis qu’on leur donnerait gratuitement de l’argent, et comme on ne leur en donne pas, ils cassent tout et agressent les passants innocents: c’est typique!).
C’est pourquoi il serait utile de nous pencher sur ces hauts-fonctionnaires qui ont eu pendant des années la charge de gérer depuis un Ministère parisien toutes les universités et autres composantes de l’enseignement supérieur. Quelle est leur vision? On sait quelle peut être celle des Ministres de passage, mais les mandarins, eux, qu’en pensent-ils? Sont ils les alliés objectifs des nonistes? Essaient-ils de protéger leur pouvoir? On pourrait sans doute écrire un intéressant thriller politique sur le sujet!
15 novembre 2009 à 11:11
Rachel
Astronaute, je veux bien me pencher sur les hauts fonctionnaires mais je n’y connais rien en hauts-fonctionnaires ! Mais si le cœur vous en dit … Quand vous parlez des mandarins, parlez-vous des hauts-fonctionnaires qui sont au ministère et dans ce cas, ne sont-ils pas là pour appliquer les consignes des politiques passagers ? Ou bien parlez-vous de ceux qui sont à la tête des universités ou des services des universités ?
On peut aussi se poser les questions suivantes : Dans le cadre de l’autonomie des universités, que vont devenir ces hauts fonctionnaires qui géraient depuis le ministère toutes les universités ? Vont-ils être ventilés dans ces universités ou bien va-t-on les mettre dans un placard … les déclasser ?
15 novembre 2009 à 14:54
Astronaute en transit
Bonne question Rachel! Je précise tout de suite que j’ai moi-même peu idée qui sont ces personnages de l’administration ministérielle, ç’est la raison pour laquelle j’appelle à plus de transparence; il n’y a pas à douter qu’ils ont joué un rôle clé à l’époque de l’administration centralisée, et on peut s’interroger comme vous le faites sur leurs compétences et attributions dans un système d’autonomie.
En fait de mandarins, je parlais bien de hauts-fonctionnaires; c’est vrai qu’en France cette expression a traditionnellement désigné les grands responsables universitaires, en Angleterre par exemple elle sert aussi de qualificatif pour les membres de la haute fonction publique.
En traitant des rencontres de Dijon hier, Le Figaro dressait des tableaux de différentes écoles de pensée qui ont inspiré les responsables tant politiques que ministériels en matière d’éducation ces dernières années. le premier groupe était celui des “pédagos”, autour de Philippe Meirieu bien sûr, groupe qui aurait encore une forte influence sur les socialistes (de Lionel Jospin à Vincent Peillon); le second serait celui des “républicains” (à l’origine autour de Jean-Pierre Chevènement et désormais dans le sillage de François Bayrou) et pour finir des “libéraux réformistes” où l’on rangeait Richard Descoings et (qui l’eut cru!) Jean-François Copé!
Ce genre de schématisation est toujours subjectif (comme un classement de Shanghai!) mais c’est une des premières fois que je vouyais dans la presse se dessiner ce genre de classification.
15 novembre 2009 à 14:59
Rachel
D’après Wikipédia, les mandarins étaient les grands commis et fonctionnaires de l’ancien Empire chinois, qui devaient passer de nombreux concours pour accéder aux charges civiles et militaires. De nos jours, une bonne définition serait « personnages choisis pour diriger parmi les meilleurs hommes d’esprit ».
Il y a une version électronique du tableau dressé par le Figaro ? Si oui, quel est le lien ?
15 novembre 2009 à 15:45
Astronaute en transit
Oui, voici le lien de l’article:
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/11/30/01016-20091130ARTFIG00047-les-politiques-redecouvrent-l-ecole-.php
15 novembre 2009 à 19:44
Golan Trevize
Rachel,
J’avais commencé un commentaire sur l’analyse de la situation dans les IUT (voir la rubrique “IUT : le grand malaise”), mais l’actualité va trop vite et mon commentaire devient obsolète. Tout d’abord il me semble qu’il y a des raisons objectives d’être inquiet, mais ces raisons sont souvent plus nuancées que ne le laisse voir la première analyse. Il peut paraître paradoxal de voir des clivages si profonds entre une composante (IUT) et son université de rattachement. Je crois que ce clivage tient essentiellement à un problème culturel, les IUT ne partagent pas la culture dominante à l’université et réciproquement. Les liens tissés avec le monde socio-économique depuis 40 ans, la participation des professionnels aux enseignements et aux jurys engendre des modes de fonctionnement différents.
Au cours de leur histoire, les IUT sont passés par le statut d’établissement (le recteur était le président du conseil de l’IUT), par celui d’établissement rattaché à une université ou celui de composante et enfin celui de composante de l’université avec un statut particulier. À l’époque de la création de ce statut (le célèbre article 33 de la loi de 1984), le législateur a hésité à donner aux IUT la personnalité juridique. Cette personnalité était pourtant le pendant de l’autonomie financière qu’ils avaient. Les marges de fonctionnement que donne cet article ne sont pas négligeables et les IUT ont développé des réseaux importants. Ils sont répartis sur l’ensemble du territoire et offrent souvent l’accès à une structure universitaire dans des villes moyennes. Ils jouent également le rôle d’ascenseur social pour des populations défavorisées (le taux de boursiers est plus important que dans le reste de l’université). Cette autonomie semble contradictoire avec la LRU qui les positionnent comme les autres composantes des universités. C’est bien ce positionnement qui semble poser problème.
Si l’on observe les documents publiés, les problèmes sont pour l’essentiel liés à la centralisation forcenée qui se met en place dans les universités. Centralisation des ressources propres (taxe d’apprentissage, formation continue, formation en apprentissage, etc.) qui nie le travail des équipes qui recherche ces fonds. Centralisation des dépenses (heures complémentaires, contractuels, etc.) qui déresponsabilise également les équipes. Centralisation de la gestion des personnels et absence de dialogue entre le niveau central et les composantes, etc. Il me semble que cette liste soit longue.
Aujourd’hui, les redéploiements de postes vers les IUT sont rares et les heures complémentaires sont importantes (les IUT font entre le quart et le tiers des heures complémentaires du système universitaire alors que leurs étudiants ne représentent que 10%). Pourtant, contrairement à une idée reçue, les EC des IUT publient autant que leurs collègues des autres composantes.
Il semble que les universités aujourd’hui ne soient pas matures pour le passage aux responsabilités et compétences élargies et ne soient pas prêtes à faire une place à la technologie. On peut observer que certaines universités, se sentant autonomes, ne souhaitent pas gérer cette transition vers l’université de demain, on peut le regretter.
Je vais continuer à suivre cette actualité si riche et parfois si démoralisante. L’avenir nous dira si la raison et les perspectives nouvelles offriront aux différents acteurs une porte de sortie.
15 novembre 2009 à 21:15
Revue de blogs (2) - Histoires d’Universités - Blog LeMonde.fr
[...] les universités et critique l’excessive présidentialisation de leur gouvernance. “Les directeurs d’IUT maintiennent la pression” : Gaïa Universitas a déjà consacré plusieurs chroniques aux IUT ; elle se demande si les [...]
15 novembre 2009 à 21:20
Irnerius
Chronique commentée dans le numéro 2 de la revue de blogs du Blog “Histoires d’universités” : http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/11/15/revue-de-blogs-2/
Cordialement. Irnerius
15 novembre 2009 à 22:24
Rachel
Merci Golan pour votre commentaire et les nombreuses précisions sur la situation dans les IUT. C’est très utile et ça vient enrichir le débat avec bonheur.
J’ai juste une petite nuance à apporter à propos de la différence culturelle que vous mentionnez. Je pense qu’il faut rester clairvoyant sur ce sujet. Si on se base sur ce qu’on a pu entendre lors du mouvement universitaire, alors vous avez raison. Mais je suis loin d’être persuadée que ce mouvement représente l’université, même s’il aime s’accaparer la « grande majorité des universitaires ». Quiconque travaille à l’université sait que c’est faux, ils ne représentent qu’un pourcentage très faible des acteurs universitaires, une frange radicale, adepte d’un « syndicalisme de résistance » (dont on parlait précédemment) ou d’un lutte politique assez radicale. Ceci dit, je ne disconviens pas l’influence qu’ils peuvent avoir dans les universités : ils sont présents en force dans les diverses commissions et conseils, sont très bien organisés, connaissent les dossiers, ont rodé leurs argumentaires, savent travailler les amalgames, parlent haut et fort, intimident parfois violemment leur contradicteurs, exerce une pression sociale qu’il très difficile d’oser contredire sous peine de se voir accuser de déviance politique (si tu n’es pas d’accord avec moi alors tu es contre moi donc tu es avec eux …). Il va être bien difficile pour l’université de se sortir de ce bourbier, j’en suis parfaitement consciente.
Il m’est également difficile d’admettre qu’à l’université on puisse se déchirer pour un problème de différence de culture. L’université c’est pour moi tout le contraire, c’est l’acceptation de la différence, c’est la coopération, le respect de l’autre (individu ou composante), c’est la pluralité des approches, etc … tout cela est bien triste. Long sera le chemin vers la liberté et la responsabilité. Mais je préfère encore voir le monde s’écrouler que de devoir renoncer. Si les IUT quittent l’université, alors elle est morte. Elle n’aura plus que l’école doctorale, éventuellement les masters si les autres ne sont pas trop agressifs (ils le seront, évidemment). Golan, Gaïa a besoin de vous. L’heure du choix … vous savez.